ACTE I, SCÈNE IL i6i
J*ai sorti , j'ai couru ; sur mon petit domaine , J'ai porté Toeil du maitre , et viens de projeter Des travaux sur lesquels je veux vous consulter. Je prends de plus en plus du goût pour ces ouvrages. . . Quand on a de la vie essuyé les orages , Heureux qui leur échappe , et peut finir enfin Par bâtir sa maison et soigner son jardin !
Sur le soir de la vie , il faut , libre et tranquille , Goûter quelque repos , qu'on rend encore utile.
LINANT
Le repos bien acquis doit paraître plus doux , Et personne ne Ta mieux acheté que vous.
Mais, oui. Lorsque je jette un coup-d'œil en arrière, Je puis être content de ma longue carrière ; Je fus dans ma jeunesse actif, industrieux; J'ai passé sagement des jours laborieux.
Occupé d'un commerce assez considérable , Je ne dois qu'à moi seul une aisance honorable. De l'ordre et du travail , mon cher ami , voilà Conmie on parvient ; toujours rappellez-vous cela : Yous êtes jeune.
LINANT
Heureux , si je suivais vos traces !
Vos avis me sont chers, et je vous en rends grâces.
ROLLIN
La connaissance encore est nouvelle entre nous;
Mais sur ce que je vois, j'augure bien de vous. If. II
i62 LE VIEUX FAT.
LINAMT.
Pour moi , du fond du cœur je yous aime et respecte»
ROLLIN
Vous entendez fort bien votre ëtat d'architecte. Siily , dont yous avez arrangé le château , En yous cédant à moi , m'a fait un yrai cadeau : Votre tête est sensée et mûre pour yotre âge.
LINANT
Ah ! Monsieur, quelquefois je ne suis pas trop sage.
ROLLIK.
Oui , le premier coup-d'œil pour yous m'a préyenu.
LINANT
Peut-être , quand de yous je serai mieux connu , Ne me yerrez-vous plus d'un obil si favorable.
ROLLIN
Pourquoi donc ?
LÏNANT.
J'en serais , vraiment , inconsolable ; J'attache tan| de prix , Monsieur , à vos bontés !
ROLLIN
Vous les aurez toujours ; car vous les méritez; Vous avez un goût sûr, et dont je m'accommode; Je veux une maison moins bell& que commode , Propre pour ma famille et pour quelques amis. Celle-ci . bien placée , et tout près de Paris , A mes modestes vœux aisément peut suffire ; M'y faire une retraite est ce que je désire.