‹ Œuvres (volume 4)Chapitre 94 sur 253 · ACTE I, SCÈNE II. ï · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE II. ï

Merville , hier au soir , en causant avec nous , Etait d'un autre avis , raillait mes simples goûts.

LiNAÎ^T.

Je ne l'en croirai pas, Monsieur; soyez tranquille.

ROLLIN

Vous ne connaissez pas mon bon ami Merville.

Diriez-vous bien qu'il est du même âge que moi ? Yoilà bien cinquante ans , oui , tout au moins, ma foi! Que nous nous connaissons ; il n'en est pas plus sage , Et croit se rajeunir en oubliant son âge ; Léger dans sa conduite et dans ses sentiment. D'un Jeune homme il a tout, hormis les agrémens; Rien ne lui plaît au monde autant que sa personne; Il met un peu de rouge; au moins on l'en soupçonne; Du reste , possédant mille talens divers , Chantant, dansant, brodant, faisant de petits vers; Avec ses airs charmans dont il est idolâtre , C'est un original bon à mettre au théâtre.

LINANT

Il est trop ridicule.

ROLLIK.

Eh bien ! on en rirait.

Souvent des jeunes fats on a fait le portrait. Les grâces que toujours sur la scène on leur donne , Fait qu'on les a joués sans corriger personne. On trouve aimable en eux ce qui devrait choquer ; On va les applaudir , au lieu de s'en moquer.

i64 LE VIEUX FAT.

On ne s'en tient pas là : souvent on les copie , Et j'ai vu bien des fois jouer la comëdie Par des gens qui venaient dans la société Rapporter un jargon du théâtre emprunté, Imitant gauchement les gestes , la méthode , Et jusques aux défauts de Tacteur à la mode , Bégayant comme lui des mots qu'il bégayait , Tâchant de grasseyer, parce qu'il grasseyait, D'un piquant petit-maître insipides émules.

Et d'un fort beau talent copistes ridicules.

Je voudrais , leur montrant un fat sur le retour , Qu'on leur dît : Ce qu'il est , vous le serez un jour; Et qu'un tableau bien vrai de sa folle vieillesse , Corrigeât en riant l'imprudente jeunesse.

Mais , bon Dieu ! je deviens et prêcheur et bavard ; Vous me pardonnerez ces défauts d'un vieillard. Tout en blâmant Merville , au fond je suis fort aise Qu'il soit venu chez moi , qu'il y resté et s'y plaise : Parfois je le plaisante, et ne l'aime pas moins. Je vais d'ailleurs bientôt être occupé de soins Qui mettront entre nous une étroite alliance. Ecoutez : vous avez gagné ma confiance , Et je m'ouvre avec vous comme avec un ami.

Vous pourrez bientôt voir un mariage ici.

LINANT

Lequel ?

ROLLIN

Je vous invite à la noce d'avance;

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