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MACBETH
TRAGÉDIE EN CINQ ACTES remise au théâtre le i*^*" juin 1 790.
Après avoir eu le bonheur de faire passer avec quelques succès sur la scène française plusieurs tragédies du célèbre Shakespeare, j'ai été tenté d'y faire connaître aussi son Macbeth, la plus terrible de ses productions dramatiques.
Peut-être aurais-je dû craindre que cette pièce, quoique fort applaudie à Londres , n'eût pas le même sort à Paris , à cause de la nature du sujet. Je me suis appliqué d'abord à faire disparaître l'impression toujours révoltante de l'horreur, qui certainement eût fait tomber mon ouvrage; et j'ai tâché ensuite d'amener l'ame de mon spectateur jusqu'aux derniers degrés de la terreur tragique, en y mêlant avec art ce qui pouvait la faire supporter. Il m'a paru que mes précautions n'avaient pas été infructueuses , et que la critique même la moins indulgente, en attaquant mon sujet, ne me contestait pas du moins le mérite de la difficulté vaincue.
Quant à la manière dont j'ai traité le fond de ce sujet vraiment terrible, le lecteur veria ce qui
m'appartient, et ce que je dois à Shakespeare, dont la traduction de M. Le Tourneur est entre les mains de tout le monde. Quant au style, je n'y ai laissé que le moins d'imperfections qu'il m'a été possible; et' j'ai soigné de mon mieux mon dialogue, persuadé que la vérité dans les sentimens et dans les caractères est sur-tour ce qui anime un ouvrage dramatique.
Mais en cessant de parler de celte tragédie, dans laquelle j'ai fait des retranchemens considérables d'après les avertissemens du plus éclairé des juges, le public , je ne puis m'empêcher de dire ici combien i ai d'obligations aux talens de l'actrice qui a rempli le rôle de Frédégonde. Avec quelle sûreté de jeu, quelle supériorité d'intelligence, quelle souplesse et quelle vigueur elle a rendu la brûlante ambition, l'infernale adresse et l'exécrable fermeté de ce personnage! comme elle a été sur-tout extraordinaire, au cinquième acte, dans sa scène de somnambule, d'où dépendait le sort de l'ouvrage; dans cette scène singulière , hasardée pour la première fois sur notre théâtre! comme elle a frappé de surprise et d'immobilité tous les spectateurs! quelle attention! <|uelle terreur! quel silence! Puissé-je, dans cette scène mémorable où l'actrice française s'est placée à coté de madame Sidons, si fameuse en Angleterre dans le même rôle et dans la même scène, où le burin nous a conservé ses traits et son attitude ;
pulssê-je avoir lait passer la hardiesse et l'expression du grand poëte qui m'en a offert le modèle; de ce poëte si fécond , si naturel , si pathétique et si terrible, à qui je rapporte avec tant de reconnaissance et les paisibles jouissances de mon travail , et les marques flatteuses d'approbation dont le public m'a quelquefois honoré; de ce poëte enfin dont je suis l'ouvrage, et chez qui je viens de puiser encore les tragédies d'Othello et Jean -sans -Terre! Puissé-je, dans le rôle de Macbeth, avoir peint avec quelque force la dignité de lame humaine, la dignité originelle d'une ame née pour la vertu, mais (jui malheureusement dégradée , et comme détruite par le crime, cherche encore avec tant de douleinà se recomposer parmi ses ruines !
PERSOJMNAGES.
DUNCAN, roi d'Ecosse.
MALCOME , fils de Duncan, héritier de la couronne,
GLAMIS , prem ier prince du sang.
MACBETH, prince du sang, commandant l'armée
de Duncan.
FRÉDÉGONDE, femme de Macbeth.
LOCLIN,]
KFTON 1 guerriers sous les ordres de Macbeth.
SÉVAR , montagnard écossais , cru père de JMalcome.
Un Soldat.
Plusieurs Assassins.
Grands d'Ecosse, Peuple.
La scène est en Ecosse, dans la province et. dans le palais d'Inverness. Le premier acte se passe dans la forêt du viênie nom .
MACBETH
TRAGÉDIE