‹ OEuvresChapitre 102 sur 299 · ACTE III, SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE VIII

Écoutez le conseil que j'ose vous donner.

Le forfait est affreux; il me fait frissonner;

Mais un autre plus grand peut vous atteindre encore.

Songez qu'un tigre ici nous cherche et nous dévore.

S'il vous connaît, hélas! vous verrez dans l'instant

Tomber, sous son poignard, votre fils palpitant.

Vous allez voir ce fils. Contraignez-vous, madame :

Renfermez vos douleurs, vos sanglots dans votre ame;

Qu'il ignore à jamais, ce prince infortuné,

Que c'est de votre sang, dans ce sein qu'il est né.

À vos traits maintenant il ne peut vous connaître ;

Mais , hélas ! votre voix l'avertira peut-être.

S il s'en souvient encor, s il en était frappé ,

Par vous-même, à l'instant, qu'il en soit détrompé.

Sous les yeux d'un tyran , tremblez qu'une imprudence

Ne découvre sa mère au fer de la vengeance.

Un seul mot, un soupir peut vous perdre tous deux.

Conservez-vous du moins cet enfant malheureux.

Hélas! à vous aimer vous trouverez des charmes.

Vous guiderez ses pas, il essuiera vos larmes.

Vous paîrez son amour par les plus tendres soins.

Il vivra sans vous voir, mais il vivra du moins.

Allons : efforcez-vous de cacher ce mystère.

Oubliez , s'il se peut , que vous êtes sa mère.

Allons : promettez-moi...

CONSTANCE, SOUS LE NOM d'aDÉLE.

Je le promets.

i5o JEAN SANS-TERRE.

HUBERT

Grand dieu!

Son fils va s'approcher, va paraître en ce lieu, Donne-lui le pouvoir de cacher sa tendresse !

CONSTANCE, SOUS LE NOM DADÈLE

Je le promets. Mon fils !

HUBERT

Vous l'allez voir, princesse.

CONSTANCE, SOUS LE NOM d'aDÉLE.

Mon fils ! mon fils !

Je sors , et vais vous le chercher.

{Il sort.)

Page 1