SCÈNE XX
UN Officier, HUBERT, LE ROI JEAN, KERMADEUC, Soldats, Peuple.
HUBERT, au roi.
Hé bien! tyran! hé bien! le ciel punit tes crimes; Et du moins à tes coups j arrache deux victimes. LE ROI, en montrant le corps de Constance et d'Arthur.
Les voici toutes deux. Ma main, ma propre main [en montrant le poignard sanglant qu'on vient de lui arracher j et qui est entre les mains d'un soldat. ) De ce poignard caché leur a percé le sein.
HUBERT
Barbare I
KERMADEUC
Ou as-tu fait?
HUBERT, à Aermadeuc .
Point de cris, point de larmes.
{en retenant le peuple et les soldats ^ qui font un mouvement 'vei's le roi. ) Anglais, dans son vil sang ne souillez point vos armes.
lyo JEAN SAÎvS-TERRE.
[au roi.) Tigre, es-tu satisfait? Vois-tu ces corps sanglans. Massacrés par ta main, l'un sur l'autre expirans? Vois-tu ce jeune enfant , qu'embrasse encor sa mère ^ Et ses yeux où ta rage éteignit la lumière? Tu ne l'as pas voulu, mon dieu, que cette croix. Par qui ce noble enfant t'implora tant de fois, M'aidât à le sauver des mains de ce barbare ! Hélas ! il eût montré la vertu la plus rare ; Il eût été prudent, juste, intrépide, humain; L'Etat n'eût point gémi sous son sceptre d airain. Dieu d'un si cher trésor a privé l'Angleterre, Et pour le rendre au ciel, il l'enlève à la terre. J'adore ses desseins : qu'il soit béni ! Mais , toi , Le moment est marqué, tyran, pâlis d'effroi. Tu voudras jusqu'au bout te livrer à ta rage , Et régner, comme un tigre , au milieu du carnage. Mais dieu t'a réservé le plus affreux trépas ; Et tes soins prévoyans ne t'en sauveront pas. Je vois, je vois déjà de ta bouche perfide S'approcher le breuvage et la coupe homicide. J'entends déjà tes cris. Tu sentiras soudain Tous les maux des enfers rassemblés dans ton sein , Tous ces poisons vengeurs , d'accord pour te détruire . Et le feu qui dévore, et le fer qui déchire. Dans ton sein entrouvert , de tes mains arraché ,
Par ses poisons brûlans ton cœur sera séché;
il paraîtra, ce cœur, sous l'œil de tes victimes.