ACTE I, SCÈNE VI. /gi
MONCÉNIGO.
Elle ose encor d'un père implorer la clémence. Vous voyez sa douleur.
ODALBERT.
Je songe à ma vengeance.
MONCÉNIGO.
Que prétendez- vous donc?
ODALBERT, en montrant Othello.
Qu'on l'arrête.
MONCÉNIGO.
Un vainqueur !
ODALBERT.
Je ne vois que son crime, et non pas sa valeur.
MONCÉNIGO.
Sa gloire exige au moins que le sénat en juge.
ODALBERT.
La gloire aux criminels ne sert point de refuge.
MONCÉNIGO.
Modérez, Odalbert, cet imprudent courroux.
Songez que le sénat est ici devant vous.
Sur votre ordre, à l'instant, voulez-vous qu'il punisse?
ODALBERT.
Toujours son intérêt a réglé sa justice,
MONCÉNIGO.
Qu'entends-je?
ODALBERT.
Unissez- VOUS pour cet audacieux.
Le pardon du perfide est écrit dans vos veux.
196 OTHELLO
C'est ainsi de tout temps qu'au gré de leurs caprice? D'ingrats républicains ont payé les services.
{bas.) Mais bientôt... ma vengeance...
MONCÉNIGO.
Odalbert, arrêtez.
Sachez que c'est l'État à qui vous insultez. Croyez-moi , ces dépits , que l'orgueil nous déguise , Sont par-tout dangereux , mais sur-tout à Venise.
ODALBERT, à sajïlle.
Il en est temps encor, je peux être adouci.
(en montrant Othello. ) Choisis qui de nous deux tu prétends suivre ici.
HÉDELMONE, en regardant Othello.
Mon père...
ODALBERT, en s'en allant.
C'est assez... j'aperçois sur sa tête Un bandeau dont lui-même a paré sa conquête. Je me flatte...
MONCÉNIGO.
Odalbert !
ODALBERT.
Eh ! que t'importe, à toi!
Ma cause est maintenant entre le ciel et moi.
(à Othello. ) Tu m'as trompé, perfide. O ciel! dans ta vengeance, Fais qu'il soit à son tour trompé par l'apparence! Alix veux de cet ingrat, qui l'a trop mérité,