ACTE II, SCÈNE I
Elle criait : « Ma fille ! » Et sa voix douloureuse Me répétait encor : « Tu mourras malheureuse! »
HERMANCE
Vous tremblez !
HÉDELMONE.
Je crains tout, mon destin, mon amour.
Ces mots, ces mots cruels s'accompliront un jour.
Que dites- vous?
HÉDELMONE.
Hermance, ah! je n'ai plus de mère, Plus de sœur, plus d'ami , plus d'espoir sur la terre; Ne m'abandonne pas.
HERMANCE
Moi , vous abandonner !
Dans la tombe avec vous dût le sort m'entraîner, Jusqu'au dernier soupir je vous serai fidèle. Le respect, l'amitié, le courage, le zèle, Et tout ce qu'une mère, en vous donnant le jour, A senti dans son sein de tendresse et d'amour , Oui, je le sens pour vous. Si le ciel inflexible Vous faisait d'une erreur un crime irrémissible , C'est à moi seule, à moi qu'est dû le châtiment. Mais pourquoi vous troubler d'un vain pressentiment? Voyez dans Othellt) le bras de la patrie , Vainqueur dans nos climats , et vainqueur dans l'Asie ; Voyez ce nom si grand , qui , seul et sans aïeux. S'est vengé tant de fois du sort injurieux.
2o8 OTHELLO.
Osez lui comparer, après ses longs services ,
Tous ces nobles sans gloire , ou connus par leurs vices ,
Qui n'ont rien recueilli , nés de pères fameux ,
Que l'opprobre éclatant d'être descendus d'eux.
Allez , s'il faut trembler , c'est que le ciel sévère
Ne punisse à la fin l'orgueil de votre père.
Non, il n'est point d'amant, de son choix glorieux,
Qui pour vous d'Othello n'ait le cœur et les yeux.
Ah ! si les traits touchans de l'aimable innocence
Peuvent d'un sort heureux nous donner l'espérance,
Si nous devons en croire un présage si doux ,
S'il existe un bonheur, sans doute il est pour vous.
HÉDELMONE.
De ton heureux augure, ah! mon ame est ravie; Tu me rends à l'espoir, tu me rends à la vie. . . Mais j'entends quelque bruit.
HERMANCE
Madame , dans ces lieux Je dois veiller sans cesse, et tout voir par mes yeux. Permettez qu'un moment...
{Elle sort.)