‹ OEuvresChapitre 142 sur 299 · SCÈNE VIL · texte numérisé non relu

SCÈNE VIL

OTHELLO, PÉZARE.

OTHELLO, en montrant Lorédan .

Quel est-il?

PÉZARE.

De trop loin j'observais son visage.

Mais, autant que mon œil peut juger de son Age, C est un jeune homme.

OTHF.LLO.

( baSj a part. ) ( haut. )

O (]iel ! Qui Ta donc introduit?

Pézare ! . . . Que dis-tu ?

PÉZARE.

Je n'en suis point instruit.

^ • OTHELLO

Mais n'as-tu pas, dis-moi, remarqué dans leurs gestes

D'une vive douleur les signes manifestes?

Je crois que quelques pleurs ont coulé de leurs yeux.

PÉZARE.

Consulte à l'instant même Hédelmone en ces lieux.

OTHELLO

Que craindre de ces pleurs? Dans une ame aussi ])ellc, Tout doit être innocent, pur et noble comme elle. Dans tous ses sentimcns la mienne est sans jeton r. Je ne sais quel respect se mêle à mon aiiiour.

2i6 OTHELLO.

Qui? moi, rinterroger! Ah! je vois, cher Pézare,

Dans cet objet sacré la vertu la plus rare.

Ami , tu me connais : tes yeux ont vu mon bras

Servir la république au milieu des combats.

Libre dès mon berceau , vivant dans une armée ,

Heureux enfant du sort et de la renommée.

Ne cherchant que la gloire, et sans songer qu'un jour

Ce cœur indépendant dût connaître l'amour ,

Au cours de mes destins j'abandonnais ma vie.

Mais depuis qu'à l'amour mon ame est asservie,

J'ai pris un nouvel être. Tl me semble, et je crois

Que j'existe en effet pour la première fois.

À quels heureux transports tout mon coeur s'abandonne!

Oui , pour un seul regard , pour un mot d'Hédelmone ,

Je céderais la pompe , et tous ces vains lauriers

Qui parent le triomphe et le front des guerriers.

Oui, l'amour, cher Pézare, (aurais-je pu le croire!)

Produit presque dans moi le dédain de la gloire.

Conçois-tu, mon ami, l'excès de mon ardeur?

Tant d'amour, je le vois, étonne ta froideur;

Mais son charme à ton cœur ne s'est point fait connaître.

Hélas! de bien des maux tu t'affranchis, peut-être.

Ami, sous nos drapeaux, la fortune, je crois,

Va m'appeler encore à de nouveaux exploits.

Si je reviens vainqueur, si le sort me couronne,

Penses-tu qu'Odalbert à la fin me pardonne?

Que, sensible à ma gloire...

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