‹ OEuvresChapitre 143 sur 299 · ACTE II, SCÈNE VII · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE VII

PÉZARE,

Ah ! ne t'en flatte pas !

Connais mieux , mon ami , le cœur de ces ingrats , De ces nobles ligués pour dévorer ensemble Ce plaisir de régner qui lui seul les rassemble. Vois comme ils ont d'abord détruit l'égalité , Au peuple inattentif ravi sa liberté; Et, laissant à ses droits une vaine apparence, Pour eux seuls en effet conservé la puissance. Le peuple élève au ciel ta valeur, ta vertu ; Mais tu n'es, pour ces grands, qu'un soldat parvenu.

OTHELLO

Un soldat parvenu ! Ce mot de l'insolence,

Ce mot m'oblige au moins à la reconnaissance.

Oui , grâce à leurs dédains , de moi seuV soutenu ,

J'ai mérité ce nom de soldat parvenu.

Ils n'ont pas , tous ces grands , manqué d intelligence ,

En consacrant entre eux les droits de la naissance.

Comme ils sont tout par elle, elle est tout à leurs yôux.

Que leur resterait-il, s'ils n'avaient pas d'aïeux?

Mais moi, fils du désert, moi, fils de la nature,

Qui dois tout à moi-même , et rien à l'imposture ,

Sans crainte , sans remords , avec simplicité ,

Je marche dans ma force et dans ma liberté.

Odalbert cependant, ami, je le confesse,

Souvent d'un cœur humain m'a montré la tendresse.

Il n'a point de l'orgueil l'inflexible rigueur;

2i8 OTHELLO.

Et la nature encor peut parler à son cœur.

PÉZARE.

Ne crois pas triompher de cet orgueil barbare. Non , jamais Odalbert ne voudra...

OTHELLO

Cher Pézare , Les momens nous sont chers; je vais donc en ce jour i\ssurer par Thymen sa lille à mon amour. Je l'avouerai pourtant : cet Odalbert m'afflige ; Ses droits, son nom de père à le plaindre m'oblige. J'ai livré sa vieillesse à d éternels soupirs. S il se perdait!... Ici, même au sein des plaisirs. Dans tous les lieux, sans cesse, ouvrant l'œil et l'oreille , En paraissant dormir, le gouvernement veille. Ténébreux dans sa marche, il poursuit son chemin; Muet , couvert d'un voile , et le glaive à la main , Il cache au jour l'arrêt, la peine, la victime, Et punit la pensée aussitôt que le crime, ici , dans des cachots l'accusé descendu Pleure au fond d'un abyme, et n'est point entendu. D un mot ou d'un regard l'Etat ici s offense, Et toujours sa justice a l'air de la vengeance. Un homme peut périr, la loi peut l'égorger, Sans qu'un père ou qu'un fils ait connu son danger. La mort frappe sans bruit, le sang coule en silence; Et les bourreaux sont prêts quand le soupçon commence. Le danger d'Odalbcrl déjà me fait gémir.

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