ACTE II, SCÈNE III
Qiio ses juges bientôt, et dès ce jour peut-être. Vont prononcer l'arrêt qu'a mérité le traître. Que de funestes bruits nme viennent accabler !
MALCOME.
Il en est un sur-tout qui nous a fait trembler !
O mon père ! est-il vrai , quand nos monts s'obscurcissent ,
Qu'au jour faible et douteux des astres qui pâlissent
De noirs enchantemens aux cercueils étonnés
Ont arraché des morts de revivre indignés?
Est-il vrai qu'on a vu des déesses livides
Dans nos sombres forêts cacher leurs pas perfides ,
En sortir tout-à-coup, et les mères soudain
Emporter en fuyant leurs enfans dans leur sein ;
Les pasteurs , les troupeaux , pleins d'une horreur subite ,
Dans le creux des vallons précipiter leur fuite ;
Des guerriers, à l'aspect de ces monstres nouveaux,
Se renverser d'effroi , cachés dans leurs drapeaux?
Est-il vrai que les vents , les rapides nuages ,
Sur ce palais antique ont poussé leurs orages ;
Qu'à l'éclat de la foudre on a vu des vautours
De leurs combats en l'air ensanglanter ses tours?
Que peuvent annoncer ces terribles présages?
SÉVAR.
De voti*B ame, mon fils, écartez ces images. Songez plutôt, songez qu'au gré de nos souhaits Macbeth dans ce grand jour va revoir ce palais.
MALCOME.
Ciel! avec quel plaisir, après sa longue absence,
2$ MACBETH
Il va revoir son fils, caresser son enfance! Que n'ai-je pu, mon père, ayant servi mon roi,. Sur ses pas aujourd'hui me montrer devant toi ! Mais je t'aurais quitté. Mon sort , digne d'envie. Enchaîne à ton destin mon bonheur et ma vie.
SÉVAR.
Ainsi, je le dois croire, une inquiète ardeur, Un aveugle désir de gloire et de grandeur, Ne t'arracheront pas à ma vive tendresse?
MALCOME.
Pourrais-je abandonner mon père en sa vieillesse?
SÉVAR.
Tes jours auprès de moi coulent donc sans ennuis?
MALCOME.
Je rends grâce au destin qui me place où je suis.
SÉVAR.
Tu ne l'accuses pas d'être injuste et sévère?
MALCOME.
Eh! quel prince pourrais-je envier sur la terre! Qu'on lui donne mon arc : nous verrons si sa main Aux monstres dos forêts lance un coup plus certain. Je vis libre et caché; mon ame est calme et pure : Connais-tu quelque sort plus doux dans la nature?
SÉVAR.
Le sceptre de l'Ecosse, avec tous ses appas, S'il pouvait t'étre offert , ne t'éblouirait pas?
MALCOME.
Qui suis-je, pour régner! Grâce au ciel, ma naissance