ACTE IV, SCÈNE 1. a^r
Le cruel Othello t'arracherait la vie !
OTHELLO
Jamais! jamais!
PÉZARE.
Ingrat ! pesez donc entre nous , Avant de la juger, ce qu'elle a fait pour vous. Elle aime. Eh qui? Parlez! Prouvez-moi sa tendresse Pour ce jeune étranger qu'aveugla son ivresse. - Rendrez-vous la beauté comptable désormais Ou des feux qu'elle inspire, ou des maux qu'elle a faits? Sur un frémissement la croyez- vous perfide? Un bandeau n'orne plus son front jeune et timide : Sur un pareil témoin pouvez-vous la juger? C'est sa gloire et son cœur qu il faut interroger. D'un cœur né généreux voilà le privilège. Sur la beauté trompeuse, et que le vice assiège. On ouvre un œil jaloux , défiant , prévenu : Quand elle est vertueuse , on croit à sa vertu. Que reprocherez- vous à la tendre Hédelmone? Un père que pour vous sa faiblesse abandonne. Il n'est plus, Othello, qu'un seul conseil pour vous. Les rebelles soumis ont fléchi les genoux : Courez servir l'Etat sous le ciel de l'Asie 5 Oubliez et Venise et votre jalousie.
Je crains plus vos transports et leur fougueuse horreur Que nos volcans en flamme et nos mers en fureur. Emmenez Hédelmone au fond de la Morée : Là, que 1 hymen vous livre une épouse adorée-
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Là, par de grands exploits vous faisant applaudir,
Forcez de ses refus Odalbert à roujjir.
Au vaiu or^^uoil des noms opposez la victoire;
Accablez-les de loin du bruit de votre gloire.
Voilà comme Othello doit se montrer jaloux.
Vos vaisseaux sont tout prêts, et j'y monte avec vous.
Mais, avant de partir, si, contre mon attente,
Ce ravisseur indigne à mes yeux se présente;
Si je rencontre, errant autour de ces palais ,
Ce monstre dont encor je crois voir tous les traits ,
Je cours au même instant, je cours d'un pas rapide
Enfoncer ce poignard dans le sein du perfide,
Et venger à-lu-lois, de ce bras irrité,
Mon ami, la vertu, le ciel, et la beauté.