SCÈNE IIL OTHELLO, HÉDELMONE, HERMANCE
OTHELLO
Madame , en ce moment , me cherchiez-vous ?
HÉDELMONE.
Hélas !
J'ai besoin de vous voir, non pour nourrir ma flamme Le ciel sait que vos traits sont présens à mon ame : Mais j'aime à me trouver auprès de mon appui.
OTHELLO
Puis-je espérer de vous une grâce aujourd'hui?
HÉDELMONE,
x\hl parlez, Othello.
2/,8 OTHELLO
OTHELLO
Venise est sans alarmes; Déjà les révoltés nous ont rendu les armes. Mais au-delà des mers les ordres du sénat Me chargent en secret d'aller servir l'État. Je ne puis trop montrer de zèle et de courage. Mon honneur, mon devoir, à partir tout m'engage , Et déjà mes vaisseaux n'attendent plus que vous.
HÉDELMONE.
Si vous portiez du moins le nom de mon époux !
OTHELLO
Songez que je dois l'être.
HÉDELMONE.
À travers les tempêtes, Je braverais, seigneur, mille morts toutes prêtes. Est-il quelque danger, quand l'amour nous conduit! Mais si , dans les horreurs du péril qui le suit , Mon père succombait, ô justice homicide ! Ce mot me fait horreur, je mourrais parricide. Quelque espoir cependant vient encor m'enhardir. Tantôt pour moi le doge a paru s'attendrir : Si j'allais le trouver : sensible à ma prière , Peut-être il m'obtiendrait le pardon de mon père.
OTHELLO
Vous ne l'ignorez pas; c'est dans ce même jour Qu'un ravisseur perfide alarma mon amour.
HÉDELMONE.
Ne me refusez pas une grâce si chère.