ACTE IV, SCÈNE III
Songez que je l'attends, et que c'est la première.
OTHELLO
Pardonnez, si...
C'est moi qui l'ose demander; Et déjà votre amour eût dû me l'accorder.
OTHELLO
J'ai peine, je l'avoue, à vaincre mes alarmes. Vous ne connaissez pas le pouvoir de vos charmes. Qui sait... Il se pourrait... !
HERMANCE
Son ingénuité Ne connaît ni l'orgueil , ni même sa beauté. Mais vous , oublierez-vous cet amour si fidèle Qui vous livre son ame, et qui vous charme en elle? Ah! voilà des garans faits pour vous rassurer! Puissent-ils , Othello , toujours vous éclairer , Si jamais d'un soupçon le plus léger nuage Affligeait sa vertu par quelque indigne outrage! Othello , rendez-vous à ses vœux empressés , Son amour le mérite.
OTHELLO
Hermance, c'est assez.
Je résiste à regret, je me fais violence; Mais je connais Venise, et j'en crois ma prudence. HÉDELMONE, pleurant et détournant son visage.
Hélas !
25o OTHELLO.
HERMANCE, il part.
Dans quel état il vient de la plonger ! ( haut. ) Sitôt par un refus pouvez-vous l'affliger ! Eh! voilà donc les droits que tant d'ainour lui donne'
HÉDELMONE.
Elle pâlit!
HÉDELMONE, sc laissant tomber sur un fauteuil. Je succombe.
OTHELLO
Hédelmone !
HERMANCE
Seigneur, elle n'a plus d'autre asile que vous : Vous êtes son appui, son père, son époiix. Admirez sur son front sa douce complaisance ; Elle a déjà sans doute oublié votre offense. Son œil vous cherche encore et s'arrête sur vous.
HÉDELMONE.
jXon : je ne vous hais pas, je n'ai point de courroux. Plutôt que vous causer quelque soupçon funeste, J'aimerais mieux cent fois...
OTHELLO
Et moi , je me déteste !
[se jetant aux pieds (V Hédelmone . ) Frappe : je suis indigne, en causant tes douleurs , Et de te voir encore, et d'essuyer tes pleurs.