ACTE IV, SCÈNE V
Mais sans parler de moi , sans un mot sur mon sort , Sans nue rien lui rappelle ou ma vie ou ma mort. D un plus illustre époux contente et glorieuse, Qu'elle achève, en l'aimant, une carrière heureuse! Et moi j'aurai la paix dans la nuit du tombeau. [prêt à lui remettre le bandeau et le billet, et avec la plus grande fureur . ) Tiens, voilà son billet, et voilà son bandeau... Je veux dans ce vil sang, dans ce sang que j'abhorre, Les plonger tous les deux , les replonger encore. Où son amant est-il? Ami , conduis mes pas ; Mes yeux n'ont point cncor joui de son trépas. Conçois-tu mes plaisirs , quand d'un regard avide Je verrai sur son corps pal])iter la perfide; Lorsque je compterai ses soupirs douloureux, Sous les coups du poignard qui les joindra tous deux.
[s'an^êtant.) Othello, que fais-tu? Reviens à toi, barbare! Quelle ivresse t'aveugle et quel transport t'égare ! Jamais, quand les combats te rendraient inhumain, Le meurtre d'une femme a-t-il souillé ta main! Je sens que ma fureur, je sens que mon offense Ont par leur excès même enchaîné ma vengeance. Tu te souviens des mots que, non loin de ce lieu, Son père, en me quittant, m'a laissés pour adieu, '< Crois-moi , veille sur elle : une épouse si chère f Peut tromper son époux , avant trompé son père, »
256 OTHELLO
PÉZARE.
Il est vrai.
OTHELLO
Par quel art ses perfides douleurs Faisaient mentir ses yeux, faisaient mentir ses pleurs! Dis : crois-tu, dans son cœur, Hédelmone infidèle?
PÉZARE.
Le billet , le bandeau , tout dépose contre elle.
OTHELLO
Oh ! que dans ses déserts Othello retenu Sur les bords africains n'est-il mort inconnu !
PÉZARE.
Malheureux Othello !
OTHELLO
Mon ami , sur nos têtes Le vent par ses fureurs nous prédit les tempêtes , La foudre par l'éclair annonce au moins ses coups , Des lions du désert on entend le courroux ; Mais une femme, ô ciel! tranquillement perfide, Nous perce, en nous flattant, d'un poignard homicide. Hédelmone!
PÉZARE.
Ce nom devrait-il te toucher !
OTHELLO
De ce cœur expirant je ne puis l'arracher.