SCÈNE Y
IIÊDELMONE, OTHELLO, MONCÉNIGO, LORÉDAN, ODALBEUÏ, des Hommes portant des fiai abeaux.
MONCÉNIGO, écartant le f)oi(jnur(L
Barbare, que fais-tu?
Tu vas, de ce poignard, immoler la vertu.
(en lui tnontratitsonfijs.) Cruel ! vois Lorédan. ^
hédelmone, à Othello.
Parle : ctais-je innocente?
Suis-je coupable encor? connais-tu ton amante?
OTHELLO, à Hcdelmone.
Qu'allais-jc faire? Où suis-je? Ah! de ma piopre main, Je dois, pour te venjjer...
hédelmoxe.
Jette-toi dans mon sein !
LORÉDAN
Tu vois, cher Othello, l'amour qui te pardonne; Mais c'est à ton rival que tu dois Hédelmone.
OTHELLO
Mon rival !
LORÉDAN
Je l'étais. Mais, hèlas! ton ami, Ti'cxccrable Pezare était ton ennemi.
Brûlant pour Hédelmone, il déguisait sa flamme. Cachait les noirs projets concentrés dans son ame. C'est lui qui, dans ce jour, paraissant te servir. Même au pied des autels voulut te la ravir. Il fit craindre à tes feux un rival redoutable.
Supposa son trdpas, feignit, par cette fable, D'avoir trouvé sur lui, pour pi'ouver ses desseins,. Un billet, un bandeau qu'il remit en tes mains. Hélas! je le croyais ton ami le plus tendre : A ce titre, en secret, je le cliargeai de rendre A la seule Hédelmone un bandeau précieux, Un billet qu'il fallait écarter de tes yeux. N'ayant pu l'enlever, ce monstre, ô perfidie! Voulut, hélas! contre elle armer ta jalousie, Et pousser ta fureur à des transports affreux Qui pouvaient t'égarer, et vous perdre tous deux.
MONCÉNIGO.
Oui, ce mortel perfide, à Faspect des tortures, Vient de nous avouer ses noires impostures. Vivez, brave Othello! C'est mon fds qui pour vous D'Odalbert, né sensible, a fléchi le courroux. Le sénat, mieux instruit, a vu dans sa colère. Non des crimes d'Etat, mais la douleur d'un père Qu'un aveugle courroux égarait un moment , ,
Et vient de faire grâce à son emportement. Je l'ai fait consentir à l'hymen d'Hédelmone.
ODALBERT.
Va, c'est dans cet instant mon choix qui te la donne.
Othello, je t'aimai, tu dois t'en souvenir.
Eh bien! deviens mon fds; mes mains vont vous unir;
Sois l'appui de l'Etat, l'honnenr de ma famille.
Je m'en remets à toi du bonheur de ma fille.
OTHELLO
Ainsi, de tous les maux qu'Othello vous a faits. Vous vous vengez tous trois , mais c'est par des bienfaits 1 Comment envisager, dans ce profond abyme,
VARIANTES. si85
ISIon forfait, vos vertus, ce bras, et ma victime? Ah! ce cœur en horreur à lui-même, à l'amour, Serait-il digne encor d'Hédelmone et du jour?
( à Loréda n.) {à Oda Ibert. )
O rival que j'admire! O trop généreux père! Je n'ose devant vous regarder la lumière.
(à Hédelmone.) Mais toi, de qui ce fer allait percer le cœur, Oublieras-tu jamais mon crime et ma fureur?
HÉDELMONE.
Va, tout est oublié; va, que ma tendre flamme Remette et le bonheur et la paix dans ton ame.
OTHELLO, à Hédelmone.
Le conçois-tu? Pézare a donc pu nous trahir!
MONCÉNIGO.
L'Etat dans ses cachots vient de l'ensevelir.
Tu peux, il le permet, punir sa perfidie:
Tu n'as qu'à dire un mot, c'en est fait de sa vie.
OTHELLO
Tant de bontés, seigneur, ont de quoi m'étônner; Mais je suis trop heureux pour ne point pardonner. Allons, je crois renaître, et je reprends la vie Pour aimer Hédelmone, et servir la patrie.
(en montrant Hédelmone. ) O dieux ! qui m'accordez le nom de son époux. Laissez-moi m'acquitter envers elle, envers vous: A mériter vos dons souffrez que je m'applique; Et si des révoltés troublaient la république, S'ils déchiraient son sein, sauvoz-la par mon bras, Ou donnez-moi la mort au milieu des combats.
iliS DES VARIANTES.
Je joins ici sur le même jair ma romance du Saule , mais plus étendue et plus développée que celle qui est chantée au cinquième acte par Ilédehnone. .l'ai désiré qu'elle formât un morceau séparé. Je lui ai donné jusqu'à douze couplets, dans lesquels j'en ai fait entrer trois de ceux qui sont chantés sur la scène. Peut-être cette romance sera-t-elle agréable à quelques personnes, et sur-tout aux femmes tendres et mélancoliques , qui trouveront du plaisir à la chanter dans la solitude. Elles pourront s'accompagner avec la guitare, la harpe ou le clavecin, sur lesquels il sera très aisé de transporter la musique de M. Grétry .