ACTE I, SCÈNE III. 3o
( Ses filles et sa sœur s'apprêtent chacune pour son ouvrage. Pharasmin apporte un siège pour ^J ùufar, sort et rentre j, occupé des dijjerens travaux de la maison. )
( à ses deux filles. ) Mais d'où vient qu'à ma vue D un trouble encor récent votre ame semble émue? Ténaïm, dans leurs yeux j'aperçois quelques pleurs.
TÉNAÏM.
L'histoire d un vieillard a causé leurs douleurs.
Leur âge à ces récits ouvre une oreille avide;
Et même, en cet instant, votre jeune Odéide
Conjurait Saléma de lui conter comment
Le ciel , par un vieillard , eut pitié d'un enfant.
Mais sa sœur Saléma craignait de nous l'apprendre,
l>'en être trop émue.
Eh ! pourquoi s'en défendre?
Hélas! sans la pitié, sans ce don précieux, Le plus cher, le plus doux que nous tenions des cieux, Dans ces climats brûlans , sur ce sable oti nous sommes , Que deviendrions-nous, si nous n'étions des hommes! N'est-ce pas elle ici qui , dans leur pauvreté , Consacre nos déserts par l'hospitalité?
Malheur au peuple ingrat , abhorré sur la terre , À qui cette pitié pourrait être étrangère ! Mais le cœur d'un Arabe a toujours palpité Aux traits de la valeur et de l'humanité.
3o4 ABUFAR.
{à Saléma.) Eh bien! dis; cet enfant... Cet âge a tant de charmes! Parle, apprends-moi son sort , et fais couler mes larmes.
SALÉMA.
Dans le fond du désert , quand le soleil brûlant Embrasait de ses feux le sable étincelant , Un Arabe égaré (ma sœur, c'était un père) Cherchait de l'œil, au loin , sa tente solitaire. Il n'aperçoit plus rien. Las, triste, épouvanté, Pour lui dans l'univers nul vivant n'est resté. « O mes enfans ! dit-il , vous reverrai-je encore? " Déjà l'ardente soif le sèche et le dévore. Il n'a pour l'apaiser qu'un seul fruit bienfaisant , Le fruit d'un citronnier, vain secours d'un moment. Il le porte à sa bouche. O douleur! ô surprise! Il voit... ciel! une femme auprès d'un roc assise,* Jeune, belle, mourante, et prête à mettre au jour Le gage tendre et cher d'un malheureux amour! « Ce fruit! ce fruit! dit-elle, ou dans l'instant j'expire, « J'expire avec l'enfant que ma soif va détruire. « Le voilà , le voilà , lui répond le vieillard ; « Vivez tous deux. » Au ciel il adresse un regard, Il le prie, il le presse; et ce ciel qu'il conjure. Attendri par ses vœux, vient aider la nature. L'enfant au moment même est reçu dans ses bra». « Vis pour lui, dit la mère. Oui, bientôt tu verras « Ta femme et tes enfans. Vieillard, sers-lui de père; « Par toi , qu'il sache un jour à quel prix je lus mère.