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ACTE I, SCÈNE III. 3o

« Jette un œil de pitié sur ce pauvre innocent. »

Et prenant tout-à-coup un prophétique accent ,

« Tu ne vois, poursuit-elle, en ce désert immense,

« Que la soif, que la mort, l'espace, le silence.

« Tiens, voilà ton chemin. C'est l'Éternel, c'est moi,

« C'est ce fruit de mon sein qui va veiller svu- toi.

« Vieillard , de cet enfant tu soutiens la faiblesse ;

« Cet enfant, à son tour, soutiendra ta vieillesse.

« Emporte avec ses pleurs, pour les jours malheureux,

" La céleste faveur qui vous suivra tous deux. »

Elle expire.

Et du ciel, un jour, sans qu'elle y pense. Tu crois que la vertu reçoit sa récompense?

SALÉMA.

Mon père, seriez-vous surpris de ses bienfaits?

La vertu, mes enfans, ne m'étonne jamais.

SALÉMA.

Et cet enfant, mon père, existe-t-il encore?

Oui.

Quel est son destin?

Le ciel veut qu^on l'ignore.

Du sort de l'orphelin il daigne se charger. Je n'en puis dire plus, c'est trop m'interroger. a. 20

3o6 ABUFAR.

ODÉIDE.

Vous pleuriez comme nous.

Oui , croyez-moi , mes filles , Les bonnes actions protègent les familles. Heureux qui peut , au faible accordant son appui , Mettre un pareil trésor entre le ciel et lui ! Un appui! J'eus un fils; j'ai nourri son enfance; Sur un si cher soutien j'avais compté d'avance. Comment croire, en effet, que des enfans jamais Perdent le souvenir de nos premiers bienfaits ; Qu'ils oublieraient un père? Hélas! dans ma jeunesse, J'ai du mien saintement honoré la vieillesse. S'il m'a fallu le perdre , il a reçu du irioms Jusqu'à son dernier jour ma tendresse et mes soins. Mes filles, de sa fuite expliquant le mystère, Peut-être avez-vous lu dans le secret d'un frère. Dites : pourquoi Farhan , non moins prompt que l'éclair, Sur nos ardens coursiers traversant le désert, Des bords féconds du Nil passant dans la Syrie, Courant , cherchant , fuyant la Perse et la Médie , Par un tourment secret sans relâche agité , Trop serré dans l'espace et dans l'immensité , De déserts en déserts changeant de solitude , Proméne-t-il par-tout sa vague inquiétude? Le vice auprès des mœurs n'est jamais sans effroi. Sans doute il n a pas cru pouvoir vivre avec moi. Comment m'a-t-il quitte? Sans escorte, sans suite,

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