ACTE I, SCÈNE V. 3i
Je gémis du soupir qui sort de votre bouche.
ODÉIDE.
Cependant (car la Perse a des charmes pour vous) Vous n aurez pas long-temps à gémir avec nous. Vous ne reverrez plus la tribu de mon père, Les fils de Samaël, la tente hospitalière, Le sol où croît pour nous le doux fruit du dattier , Le vallon du chameau, le désert du palmier, Le chemin du pasteur. Dans Téclat et la gloire, De ces songes bientôt vous perdrez la mémoire. La faveur de Cambyse, un palais...
PHARASMIN.
Je l'ai fui.
Combien j'en ai connu la splendeur et l'ennui! Las de voir de trop prés l'éclat du diadème , De me chercher toujours sans me trouver moi-même, Mais sans perdre jamais tous ces vains préjugés. Ces besoins de l'orgueil dont les grands sont chargés , Entraîné vers les camps, par le droit de la guerre. Sous ce ciel embrasé j'ai suivi votre père. C'est là que , sous ses lois , privé de tout secours , J'ai désappris l'orgueil et le faste des cours ; Que, loin du vice heureux, de l'oisive opulence, Soumis à mes travaux, aimant ma dépendance, À l'école des mœurs et de la pauvreté J'ai senti le bienfait de mon adversité. Je fus un homme enfin. Mon épaule tremblante Se courba fièrement sous la hache pesante.
3i4 ABUFAR.
J'ai nourri de ma main ce coursier généreux
Qui devance les vents ou qui vole avec eux ,
Que pour l'Arabe exprès la nature a fait naître ,
L'ami, le compagnon, le trésor de son maître,
À toute heure, en tout lieu, lui prêtant son appui,
Qui couche sous sa tente, et combat avec lui.
Oh ! comme avec plaisir retrouvant ma jeunesse ,
De la cour sous mes pieds je foulais la mollesse !
Dans cette cour servile, hélas! qu'eussé-je été?
J'aurais compté des jours sans avoir existé.
Que mon cœur d'un autre œil vit ici la nature !
A mes regards bientôt une volupté pure
Enchanta le désert où paissent nos chameaux,
liCS puits où vont le soir s'abreuver nos troupeaux,
Les lieux où croît l'encens , où murmure l'abeille ,
Le toit simple et roulant où le pasteur sommeille.
Ce vaste champ des airs par le soleil brûlé ,
Tout ce que j'aperçois. Vous seule avez peuplé
Ces montagnes, ces rocs, ces prés, ce sol aride;
Tout l'univers pour moi s'est rempli d'Odéide.
Je n'ai connu, senti qu'une captivité.
Tranquille auprès de vous, loin de vous agité.
Quand vous charmiez mes yeux, ils vouscherchaient encore.
J appelais dans la nuit les rayons de l'aurore;
J'appelais dans le jour les doux rayons du soir.
Enfin je vous voyais sans avoir cru vous voir;
.le vous suivais par-tout dans le désert errante:
Je recueillais , avide , et d'une bouche ardente ,