‹ OEuvresChapitre 207 sur 299 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

SALÉMA, ODÉIDE.

SALÉMA.

Tu ne le sauras point...

ODÉIDE,

Ma sœur, je vous conjure..,

SALÉMA.

O songe trop funeste ! ô trop funeste augure !

ODÉIDE.

Votre cœur n'ose-t-il se fier à ma foi?

SALÉMA.

Ma sœur, tu vas frémir !

ODÉIDE.

N'importe, instruisez-moi; Vos ennuis sont les miens , pouvez-vous me les taire?

SALÉMA.

Écoute quel récit, ma sœur, je te vais faire !... Et puisque tu le veux, vois sous quelles couleurs Les cieux m'ont annoncé le plus grand des malheurs! Pour vaincre mes ennuis, par le conseil d'un père, Ce matin vers nos champs je marchais solitaire, Voulant y recueillir par d'utiles travaux Le fruit de nos palmiers, le lait de nos troupeaux. Aux plus doux sentimens , à la paix disposée, Je ne sais quelle erreur égarait ma pensée :

J'allais , je regardais , mon œil ne voyait pas ;

Un charme inexprimable entraînait tous mes pas :

Mon esprit enivré, plein de son propre ouvrage,

Se cherchait un bonheur, s'en composait l'image.

Pour mieux goûter, ma sœur, ce plaisir si profond

D'un cœur qui s'entretient, se parle, se répond,

Qui s'écoute, et sur-tout qui craint de se distraire,

Je me suis recueillie à l'ombre solitaire

D'un arbre du désert , où mes esprits charmés ,

Séduits par la fraîcheur, par le repos calmés ,

Quand déjà le soleil de feux couvrait sa route,

Aux douceurs du sommeil se sont livrés sans doute.

J'ai cru que dans la Perse, et sous des cieux si beaux,

J'errais parmi les fleurs, les moissons, les ruisseaux,

Les ombrages , les fruits , mille autres dons encore

Que le Persan reçoit de l'astre qu'il adore.

Tandis qu'à mes esprits vivement enchantés

Tant de riches trésors s'offraient de tous côtés.

Un jeune homme charmant sembla frapper ma vue :

Son front était pensif, son ame était émue ;

Dans ses yeux pleins de flamme, où régnait la pudeur.

Je ne sais quoi de tendre en modérait l'ardeur.

Parmi ces fleurs , ces fruits , ces eaux , cette verdure ,

Il semblait s'embellir de toute la nature ;

Et la nature aussi, dont il était l'amour,

Semblait de son aspect s'embellir à son tour.

Mais lorsqu'avec transport observant son visage,

De quelques traits chéris j'y démêlais l'image,

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