‹ OEuvresChapitre 208 sur 299 · ACTE II, SCÈNE II. 3sii · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE II. 3sii

À mon bonheur à peine osant ajouter foi , Tout cet enchantement s'est enfui loin Je moi. Dans un vaste désert je me crois transportée, Sur une terre aride , incuhe , inhabitée , Meurtrière, brûlante, où des cieux enflammés Dévoraient jusqu'aux rocs de leurs feux consumés. Un jeune voyageur devant moi se présente; Il me semblait mourant. Eperdue et tremblante, Je cours , dans ma pitié , le sauver du trépas ; Du sable, en gémissant, j'arrache tous mes pas; Je m'arrête , et je marche , et je tremble , et j'espère , Je m'efforce, j'approche : hélas! c'était mon frère.

ODÉIDE.

Lui!

SALÉMA.

Lui-même, Farhan. « Ma sœur, dit-il, c'est toi! « Viens-tu t'ensevelir sous le sable avec moi? « Hélas ! la même ardeur dans notre sein s'allume , « Cet air, ce vent de feu tous les deux nous consume. « Entends-tu, Saléraa, l'aquilon mugissant? « Par le sable obscurci , le soleil pâlissant « Semble expirer au loin dans ce rayon funeste : « C'est son dernier pour nous , c'est le seul qui nous^reste. ' Nos pieds alors, nos pieds cherchent à s'affermir Sur un sable tremblant , prêt à nous engloutir : Nous pâlissons tous deux, nos cheveux se hérissent; Nous nous tendons les bras , nos corps glacés fléchissent ; Et ces sables muets, cette mer sans courroux,

S'entr'ouvre , nous dévore, et se ferme sur nous. Ma sœur, j'étouffe encor. Mais tu verses des larmes; Juste ciei! tu frémis!... D'où naissent tes alarmes?

ODÉIDE.

Ma sœur, vous n'aurez plus à trembler sur son sort. Ce songe... hélas! Farhan...

SALÉMA.

Quoi! ma sœur...

ODÉIDE.

Il est mort.

SALÉMA.

Grâce au ciel, la douleur reste seule à mon ame! Je ne crains plus enfin ma détestable flamme.

ODÉIDE.

Qu'entends-je? quels forfaits! ô déplorable jour! Se peut-il...?

Eh ! ma sœur, connaissez-vous l'amour?

La voilà cette ardeur que ma bouche a trahie , Que cachaient les langueurs de ma mélancolie ; Ce penchant malheureux, proscrit par la vertu, Qui troublait ma raison , qu'en vain j'ai combattu. Oui, je vis pour Farhan, je l'aime, je l'adore; C'est là cet air, ce ciel, ce feu qui me dévore, Ce vent de nos déserts, terrible, envenimé, Moins brûlant que l'amour dans mes sens allumé. Voilà Farhan, c'est lui; c'était là son visage, Lorsqu'une douce erreur m'en présentait l'image;

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