ACTE II, SCÈNE VII
Quand j'observe ton front, je frémis malgré moi?
K'est-ce pas (ton maintien, ton œil, tout m'en assure)
Que Taspect d'un ingrat fait souffrir la nature?
Ton père, réponds-moi, lorsque tu l'as quitté,
T'accablai l-il du poids de son autorité?
Était-il un tyran? fuyais-tu ses caprices,
L'excès de sa rigueur, l'exemple de ses vices?
Mais s'il sentait pour toi ce vif et tendre amour
Que tu devais, ingrat, si mal payer un jour,
Comment à ses regards oses-tu reparaître?
Non, ce n'est point ici que le ciel t'a fait naître.
Va revoir ces climats, ces palais enchantés, .
Où régnent Ips tyrans , l'or et les voluptés ;
Où le mépris des mœurs, où d'horribles maximes
Ont de leurs traits hideux dépouillé tous les crimes.
Que t'ont fait nos déserts? De quel front reviens-tu
Y mêler l'air du crime à l'air de la vertu?
Ne t ai-je pas surpris parlant avec mes filles?
Il faut dès ce moment avertir les familles ,
Leur annoncer... Que dis-je? il n'en est pas besoin,
Et je me dois ici charger d'un autre soin.
Va-t'en, fuis (pour te voir mon horreur est trop forte),
Va-t'en chez des médians : où tu voudras, n'importe.
Ce même sol tous deux ne peut plus nous souffrir.
Va, fuis, sors de ma tente, ou je vais en sortir.
FARHAN.
J'obéis, il le faut, à la voix paternelle;
Sans doute avec douleur, mais sans me plaindre d'elle.
33o ABUFAR.
Le voyageur pourtant , le mortel é{^aré ,
Consumé par la faim , par la soif dévoré ,
En tout temps trouve ici la tente de mon père ,
Le pain qui le nourrit, l'eau qui le désaltère,
Dans la main d'Abufar le gage de sa foi;
Mais sa tente et son cœur se sont fermés pour moi.
Pour moi dans Tunivers il n'est plus qu'un asile.
Je m'en vais donc goûter enfin, calme et tranquille,
Cette hospitalité, ce doux et long repos
Qu'un malheureux du moins trouve au fond des tombeaux.
J'approcherai sans peur du juge incorruptible
Qui lit seul dans lès cœurs, et n'est pas inflexible.
Peut-être à mes raisons , s il m'avait entendu ,
Le sévère Abufar se serait-il rendu.
.Te perdrai peu de chose en perdant la lumière;
Mais j'emporte au tombeau la haine de mon père :
Voilà le dernier coup pour ce cœur abattu.
Adieu , je vais mourir.
Eh bien 1 que diras-tu?
FAKHAN.
Je dis que le destin, que le ciel dans nuui aine Versa de nos climats et l'ardeur et la flamnu' ; Qu'un besoin fatigant, un désir furieux De sortir de moi-même et de voir d'autres cieux, Un de ces mouvemens (|ui commandent en maître, Que l'instinct nous inspire, ou la raison peut-être, M ont emporté par-tout; dans ces champs fécondés