ACTE II, SCÈNE VIÏ. 33i
Par les trésors du Nil dont ils sont inondés, Sous ces affreux rochers battus par la tempête. Où ce fleuve s'enfonce, et cache encor sa tête. J'ai couru les déserts et les palais des rois, Observé chaque peuple, et leur culte, et leurs lois, Leurs trésors, leurs soldats, leurs mœurs, les origines; Visité des tombeaux, des temples, des ruines; Quelquefois sur l'Atlas, médité près des cieuv L'éternité du temps, l'immensité des lieux. C'est là que, m'emparant de la nature entière...
Et tu n'avais donc pas de famille et de père?
Tu n'as donc rien aimé? Qui dans ton CŒur, hélas:
Porta cette fureur que je ne conçois pas?
Le bonheur est le but où tout mortel aspire.
Et le chemin des mœuis peut seul nous y conduire.
Mais ce but, ce bonheur, où donc le cherchais-tu?
Faut-il aller si loin pour trouver la vertu ^
Eh quoi ! n'avais-tu pas , dès ta plus tendre enfance ,
Goûté de nos travaux le charme et l'innocence.
Cette paix des déserts, ces doux, ces nobles soins
Qui parmi nous du pauvre ont prévu les besoins?
IN'avais-tu pas connu nos heureuses familles;
Vu nos chastes hymens, la pudeur de nos filles;
Tes sœurs, dont le soupçon n'oserait approcher?
Au bout de l'univers qu'allais-tu donc chercher?
Des lois? Grâce à nos mœurs nous n'en avons aucune.
Des trésors? Nos troupeaux font seuls notre fortune.
Des tombeaux? C'est ici que dorment nos aïeux.
Des temples? Vois la terre et regarde les cieux.
Tout ici , mon enfant , sous une image pure ,
Offre à nos yeux charmés Tauteur de la nature :
Par-tout dans ses bienfaits nous voyons son amour;
Sa grandeur resplendit dans le flambeau du jour.
La nuit , quand nous levons nos mains vers les étoiles ,
Dieu n'est-iî pas présent sous ces augustes voiles ,
Dirigeant d'un coup-d'œil le cours silencieux
De ces globes brillans dispersés dans les cieux?
Cet air, ce sol natal, cette douce patrie,
N'a donc rien dit, hélas! à ton ame attendrie?
Rien donc auprès de nous n'a pu te retenir?
Avais-tu donc sitôt perdu le souvenir
De Ténaïm, l'appui de ton âge timide.
De ta sœur Saléma , de ta sœur Odéide ,
De moi, car à mon tour je puis être compté?
Ton cœur, en me quittant, n'a donc point palpité?
Non, je ne croirai point que mon fils inflexible
Sous des dehors heureux cache un cœur insensible :
Mon fils n'est point barbare, il n'a point échappé
Aux premiers mouvemens dont tout homme est frappé.
Il faut de toi , mon fils , il faut que je m'assure
Qu'un hymen vertueux t'enchaine à la nature.
F A an AN.
Quoi! Ihymen...
J'ai vieilli , je sais ce que je veux.