‹ OEuvresChapitre 242 sur 299 · ACTE IV, SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE VIII

FARHAN.

Non, tu ne connais pas la source de mes larmes, Je succombe et je meurs sous l'excès de mes maux. Ah! nos pasteurs errans, suivis de leurs troupeaux, De déserts en déserts parcourent l'Arabie ; De douleurs en douleurs je traverse la vie.

SALÉMA.

Farhan! mon cher Farhan!

FARHAN.

Oh ! que dès mon berceau N'ai-je suivi ma mère au fond de son tombeau ! Sans doute le destin, car à tout il préside, Appelle Pharasmin sur les pas d'Odéide ; Et pourtant d'autres cœurs, trop faits pour se chérir,' Nés sous les mêmes cieux, n'ont jamais pu s'unir. Oh! si j'avais trouvé, dans l'antique Assyrie, Dans la féconde Egypte, ou la riche Mcdie, Quelque objet vertueux qui me dût enflammer, Qui fût né pour l'amour, et qui craignît d'aimer. Qui portât dans son sein , modeste et recueillie , Le doux, l'heureux trésor de la mélancolie, Ce bonheur douloureux, cette tendre langueur, L'aliment, le plaisir, et le charme du cœur, Oh! comme à ses genoux, soumis, tendre et fidèle. Heureux de ses regards , heureux d'être auprès d'elle , Oubliant l'univers, et vivant sous sa loi!...

SALÉMA.

Mon frère, existe-t-elle?

FAR H AN

Ah i'Saléma , c'est toi !

SALÉMA.

Que me dis-tu, Farhan?

FARHAN.

C'est toi , connais ma flamme , Mes ardeurs , mes tourmens , les transports de mon arae. Tu vois dans ces déserts l'image de mes feux , Muets, brùlans, sans borne, et terribles comme eux. De mon aspect errant j'ai fatigué l'Asie, Et le Nil, et l'Atlas, et la triple Arabie. J'aurais voulu, courant, m'élançant loin de toi. Sortir de cet amour qui fuyait avec moi. Vains efforts ! j'emportais ton image et tes charmes. J'ai retenu mes cris , j'ai dévoré mes larmes; Mais pourtant quelquefois , laissant couler mes pleurs , Les échos étonnés m'ont rendu mes douleurs. Enfin je suis venu , te cachant ton ouvrage , Rapporter à tes pieds ma flamme et ton image. J'ai tout fait pour me vaincre ; ici même, en ce jour, J'ai craint de t'avertir de mon fatal amour. J'enchaînais, mais en vain, cet aveu qui te touche; Il sortait par mes yeux, il errait sur ma bouche. Je souffrais, je brûlais, j'adorais tes appas. Je te parlais d'amour, tu ne m'entendais pas. Non , tu n'as pas su lire en mon ame éperdue...

SALÉMA.

Et toi-même , à ton tour, ne m'as pas entendue.

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