‹ OEuvresChapitre 247 sur 299 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

SALÉMA, ODÉIDE.

ODÉIDE.

De quel effroi, ma sœur, votre ame s'est remplie! O trop funeste effet de la mélancolie ! Craignez, hélas! craignez son horrible poison.

SALÉMA.

Il consume ma vie, il détruit ma raison. Laissez-moi seule, en pleurs, errante, solitaire.

ODÉIDE.

Quoi! de ces noirs ennuis rien ne peut vous distraire.

SALÉMA,

Tout m'afflige, ma sœur, dans ce triste séjour ;

Moi-même je me hais, je déteste le jour :

A quel prix, juste ciel, que peut-être j'offense,

38o VARIANTES.

Aux malheureux humains donnas-tu l'existence! Que n'avons-nous tari, mourant dans nos berceaux, La coupe inépuisable où tu cachas nos maux! Hélas! quand nous naissons, notre ame s'en défie; Sur ses bords, en tremblant, nous essayons la vie : Mais ce breuvage amer, après l'avoir goûté, Libres de notre choix, l'aurions-nous accepté? Ah! par nos cris plaintifs, sur le sein de nos mères, Nous avons annoncé, pressenti nos inisères; L'homme, au premier aspect des maux qu'il doit souffrir, Se rejette en arrière, et demande h mourir.

ODÎ;iDE.

Vous me faites trembler : que faut-il que je pense? De ces sombres douleurs d'où naît la violence? Vous cherchez le trépas.

SALÉMA.

Fuyons.

ODÉIDE.

Ah! je vous suis; J'apprendi'ai le secret de vos cruels ennuis, Ou tombant à vos pieds...

SALÉMA.

Tu frémiras, sans doute.

ODÉIDE.

IS'importe.

SALÉMA.

Tu le veux?

ODÉIDE.

Parlez.

SALÉMA.

Eh bien! écoute;

VARIANTES. 38i

Mais ne m'interromps pas. Vois sous quelles couleurs Les cieux m'ont annoncé, etc.

(Même scène.)

s A L É 51 A , aijrès ce vers :

S'entr'ouvre, nous dévore, et se ferme sur nous.

Ma sœur, j'étouffe encor.

ODÉIDE.

Dieu ! quelle affreuse image [ Qu'elle a dû vous frapper d'un sinistre présage!

SALÉMA.

Ma soeur, ce n'est pas tout : un autre objet d'horreur M'agite, suit mes pas, redouble ma terreur.

ODÉIDE.

Qu'entends-je? ô ciel!

saléma.

Muette, immobile, surprise, De ma profonde erreur lorsque je fus remise, Où croyez-vous, ma soeur, sans m'en douter, hélas! Que mon égarement m'ait fait porter mes pas? Ma soeur, ce n'était point dans ces champs de verdure Que de ses dons pour nous orne encor la nature, Parmi ces doux parfums, ces trésors enchanteurs. Amassés par l'abeille, et conquis sur les fleurs; C'était dans cette enceinte où des cyprès funestes Couvrent de nos aïeux les déplorables restes ; Où, gravés sur la pierre, et semés sur nos pas. Leurs noms offrent par-tout les leçons du trépas : Parmi ces rangs de morts, ces dépôts de poussière,

Des tombeaux, des débris, les cendres de ma mère. J'ai cru d'abord , j'ai cru que mon étran(je erreur, Par le sommeil produite, enfantait ma terreur. Vcillais-je, ô ciel! dormais-je! En ce désordre extrême, J'ai craint de me tromper, j'ai douté de moi-même; J'ai voulu par un cri m'en assurer soudain : Ce cri par ma frayeur expira dans mon sein. Je me parlais tout bas, je fixais la lumière; • Ma main pressait ma main, mon pied pressait la terre, Il pressait les tombeaux... Non, tout ce long tourment N'était j^oint né, ma sœur, d'un assoupissement: Je veillais, je veillais; j'ai droit de m'en répondre : Je ne me trompe pas. Ali ! je me sens confondre. Quel est donc ce pouvoir, cet horrible poison Qui, lorsque le corps veille endort notre raison? Quoi! du flambeau du jourquandnousvovonslaflammej Serait-il un sommeil qui s'attache à notre ame? Quel sommeil, juste dieu! je tremble encor d'effroi. Eh! qu'est-ce donc, ma sœur, qui s'est passé dans moi? Je ne m'abuse point, j'entends ce triste augure : Farhan, Farhan n'est plus, tout mon cœur me l'assure : Sans doute en ce moment quelque nouveau danger, Les pièges d'un brigand, le fer d'un étranger, La soif dans le désert, la tempête, la guerre, Auront tranché les jours de mon malheureux frère.

odéide.

Hélas! vous n'aurez plus à trembler sur son sort. On m'a dit dans l'instant...

SALÉMA.

Quoi! ma sœur... etc.

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