‹ OEuvresChapitre 256 sur 299 · ACTE I, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I

Sans transports empressée , et sans art attentive ,

Avec quel doux souris sa tendresse naïve

Sur son sein maternel m'apportait mes enfans !

J'abandonnais ma bouche à leurs bras caressans.

Je respirais, Arcas. Noirci de feux livides,

Ce palais tout-à-coup s'est rempli d'Euménides.

L'une, en le réveillant, l'œil de rage agité,

Frappait d'un long serpent mon père épouvanté.

L'autre irritait , Arcas , sa torche étincelante

Sur mes fils renversés , sur leur mère expirante.

OEdipe, se jetant sous leurs flambeaux affreux,

Conjurait leur fureur par des cris douloureux.

Sa fille encor laidait de son bras secourable.

Cet enfant , ce cyprès , ce lien détestable ,

Ce sentier tout fumant , ce désert plein d'effroi ,

Ce fatal Cythéron, erraient autour de moi.

Je voyais les ingrats , les traîtres , les impies ,

Tremblans et déchirés sous le fouet des furies.

Leurs feux vengeurs pleuvaient sur des rois inhumains

Dont les sceptres brûlans s'attachaient à leurs mains.

Là hurlait Tisiphone , et là riait Mégère.

Vers un autel sanglant elle entraînait mon père,

L'armait de son poignard, et, malgré sa langueur,

Hâtait, poussait sa main, la tournait sur mon cœur.

Mon père frémissait en détournant la vue ,

Et retirait la mort sur mon sein étendue.

Et la foudre et l'éclair, en découvrant les cieux,

Ont tout fait, dans l'instant, disparaître à mes yeux.

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