‹ OEuvresChapitre 255 sur 299 · ACTE [, SCÈNE I. '^g · texte numérisé non relu

ACTE [, SCÈNE I. '^g

Triomphez d'un fantôme, et comptez vos exploits : Procruste, Cercyon, le sang du Minotaure, De Sirron , de Sinnis , du géant d'Epidaure.

THÉSÉE

Tu sais le sort d'OEdipe?

ARCAS

Hé bien?

THÉSÉE

Dans son courroux , Si la fatalité pesait aussi sur nous !

ARCAS

O ciel ' quel est l'abyme où votre esprit se plonge !

THÉSÉE

Écoute , en frémissant , cet effroyable songe :

Je croyais voir, iVrcas , un enfant nouveau-né

Sur un mont solitaire , à périr destiné.

Trop fatal ascendant d'une étoile ennemie !

D'incroyables forfaits devaient marquer sa vie ;

Et cruels par pitié, les auteurs de ses jours,

Pour le soustiaire au crime, au crime avaient recours.

Cet innocent, proscrit par le pouvoir céleste.

Expirait lentement sous un cyprès funeste ;

Et , pass ant par ses pieds , un lien rigoureux

L'y tenait suspendu par d'exécrables nœuds.

Le sang sortait encor de sa double blessure.

Pauvre enfant, qu'as-tu fait, disais-je, à la nature?

Tu n'auras point connu l'asile du tombeau ,

Le souris d'une mère, et l'abri d'un berceau.

d()G OEDIFE À COLONE.

J'allais le détacher, lui tenir lieu de père; J'allais... Mes pieds, Arcas, m'attachent à la terre, M'y retiennent, sans force, immobile; et les vents M'apportaient sa douleur et ses cris déchirans. Près de là, sous un roc, une horrible furie Des festons de l'hymen ornait sa torche impie; Et plus loin , tout-à-coup, j'observe en frémissant Un sentier qui fumait d'un meurtre encor récent. De ces affreux objets admirant l'assemblage, J'ai cru voir devant moi s'éclaircir un nuage; Mais bientôt, trop instruit, muet, épouvanté, Je reconnus OEdipe et sa fatalité.

Le Cytlîéron m'offrit son aspect redoutable. Mais, ô trop douce erreur! plaisir inexplicable! Soudain , dans ce palais , encor tout éperdu , Près d'Antiope, ami, cette erreur m'a rendu. Jamais, jamais mon œil ne la vit plus charmante. Arcas , oui , les accens de sa voix si touchante , Timides confidens de sa chaste langueur, Descendaient lentement jusqu'au %nâ de mon cœur. J'y sentais ce repos, ce bonheur, cette flamme, Garant de l'innocence, enchantement de lame. Dont jamais n'approcha le remords, ni l'effroi. Le Cythéron, Arcas, avait fui loin de moi. J'admirais, enivré d'une volupté pure.

Sa vertu sans orgueil , sa beauté sans parure , Ses moindres mouvemens , par la grâce animés , Sous un flexible lin mollement exprimés..

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