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ACTE IT, SCÈNE II. 4ia

OEDIPE

As-tu VU quelquefois le débris des naufrages Rejeté par les flots, chassé par les rivages?

ANTIGONE

Eh bien !

OEDIPE

Voilà mon sort.

ANTIGONE

Ainsi donc votre esprit S'abreuve avec plaisir du poison qui Taigrit.

OEDIPE

Je suis OEdipe.

ANTIGONE

Hélas ! faut-il qu'instruit par l'âge , Votre Antigène en vain vous exhorte au courage 1

Avec quelle rigueur les ingrats m'ont chassé !

ANTIGONE

Je suis auprès de vous, oubliez le passé.

OEDIPE

Je les aimais !

ANTIGONE

Songez...

OEDIPE

Je prévois leurs misères :

L'orgueil aura bientôt divisé les deux frères. . Je l'ai prédite

4i4 OEDIPE À COLONE.

ANTIGONE

Perdez ce fatal souvenir.

OEDIPE

Le ciel ne peut manquer un jour de les punir.

ANTIGONE

Peut-être.

OEDIPE

Oui , tu verras le fougueux Polynice De mon sort quelque jour envier le supplice.

ANTIGONE

Thésée ici bientôt va vous tendre les bras.

Crois-tu qu'à mon aspect il ne frémira pas?

ANTIGONE

Tant que nous respirons , le ciel à nos alarmes

D'un bonheur, quel qu'il soit, laisse entrevoir les charmes :

Ne me dérobez pas l'espoir que j'en conçoi.

OEDIPE

Je ne te blâme point, j'ai pensé comme toi.

D'être heureux, en naissant, Ihomme apporte l'envie;

Mais il n'est point, crois-moi , de bonheur dans la vie.

Il lui faut, d'âge en âge, en changeant de malheur,

Payer le long tribut qu'il doit à la douleur.

Ses premiers jours peut-être ont pour lui qu elques charmes.

Mais qu'il connaît bientôt l'infortune et les larmes !

Il meurt dès qu'il respire, il se plaint au berceau :

Tout gémit suj- la terre, et tout nKUchc au tombeau.

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