ACTE II, SCÈNE IL 4i
ANTIGONE
De VOUS plus que jamais la tristesse s'empare.
OEDIPE
Époux , pères , enfans , il faut qu'on se sépare : C'est un arrêt du sort; nul ne peut l'éviter.
Ilélas !
OEDIPI:).
jSe pleure point.
ANTIGONE
Ah ! vous m'allez quitter l
OEDII'E.
Va, crois-moi, prends pitié de ton malheureux père. Ma fille, assez long-temps j'ai gémi sur la terre. Vois ces tremblantes mains, vois ce corps épuisé.
ANTIGONE
Sous le fardeau des ans il n'est point affaissé.
OEDIPE
Ah ! je n'en sens pas moins leur nombre et ma faibles-se.
ANTIGONE
Les dieux vous donneront la plus longue vieillesse.
OEDIPE
Ma vie est un supplice; et pour me secourir Il ne me reste plus que l'espoir de mourir.
' ANTIGONE
Vous plaignez-vous des soins et du cœur d Antigone? Vous ai-je abandonné?
4i6 OEDIPE À COLONE.
Ma fille, hélas! pardonne.
Je t'outrageais, sans doute. Eh! qui jusqu'à ce jour M'a montré plus que toi de constance et d'amour? Ton sort me fait frémir.
ANTIGONE
Mon sort ! je le préfère A l'hymen le plus doux, au trône de mon frère. Hélas ! c'est à mon bras que le vôtre eut recours. Si mon sexe trop faible a borné mes secours, Par ma tendresse au moins j'ai calmé vos alarmes; J'ai soutenu vos pas, j'ai recueilli vos larmes. Hélas! pour vous nourrir, j'ai souvent mendié Les refus insultans d'une avare pitié : Il semblait que le ciel, adoucissant l'outrage, Aux malheurs de mon père égalât mon courage. Seule au fond des déserts j'ai marché sans effroi, Croyant avoir toujours vos vertus près de moi. Vos ennuis sont les miens, ma douleur est la vôtre. Nous seuls nous nous restons , consolés l'un par l'autre. L'univers nous oublie : ah ! recevons du moins, Moi , vos tristes soupirs , et vous , mes tendres soins. Que Thébe à vos deux fils offre un trône en partage; Vous suivre et vous aimer, voilà mon héritage.
OEDIPE
Dieux, vous avez payé mes tourmens, mes travaux. Ma joie en ce moment a passé tous mes maux. Mais dis, où soinmes-nous?