‹ OEuvresChapitre 273 sur 299 · OF.DIPE · texte numérisé non relu

OF.DIPE

Ali! je me sens calmer par des accens si doux. O consolante voix ! nature ! ô tendres charmes ! Que je puisse à loisir t'arroser de mes larmes !

ANTIGONE

Et moi , mon père , et moi . pour calmer vqs douleurs , Que je puisse à mon tour vous baigner de mes pleurs !

OEDIPE

Oui , tu seras un jour, chez la race nouvelle, De l'amour filial le plus parfait modèle: Tant qu'il existera défères malheureux, Ton nom consolateur sera sacré pour eux ; Il peindra la vertu , la pitié douce et tendre : Jamais sans tressaillir ils ne pourront l'entendre.

ANTIGONE

Comment ce ciel si juste a-t-il pu vous livrer Aux douleurs dont l'excès vient de vous déchirer!

OED I P E

N'accusons point des dieux la justice suprême.

Quels que soient nos destins, elle est toujours la même.

Leurs secrètes faveurs , tes généreux bienfaits ,

Ont souvent surpassé tous les maux qu'ils m'ont faits :

Vous me voyez gémir sous la main qui m immole;

Mais vous n'entendez pas la voix qui me console.

422 OKDIPE À COLON E.

Qui sait, lorsque le sort nous frappe de ses coups,

Si le plus grand malheur n'est pas un bien pour nous?

Hélas ! de l'avenir vains juges que nous sommes !

Ignorer et souffrir, voilà le sort des hommes.

Nous errons avec crainte et dans l'obscurité

Sous 1 astre impérieux de la fatalité.

Tout trahit nos projets, tout sert à les confondre :

De nos vœux seulement nous pouvons-nous répondre?

Grands dieux! oui, je commence à lire en vos desseins;

Tout entier^ devant moi vous offrez mes destins :

Vous m'avez entouré de douleurs et de crimes.

Pour mieux voir votre OEdipe au fond de tant d'abymes ,

Pour mieux le contempler luttant, privé d'appui,

À qui l'emporterait de son sort ou de lui.

ANTIGO#IE.

J'entends du bruit. . . Mon père , ah ! je vois qu'on s avance !

OEDIPE

Songe bien sur mon sort à garder le silence.

Vous, retenez sur-tout vos esprits éperdus.

OEDIPE

Si Ton me reconnaît, ah! nous sommes perdus!

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