ACTE IH, SCÈNE ÏIÏ
Que mes enfans aussi trouvent en vous un père. Vous devenez pour eux un appui nécessaire. Hélas ! je laisse un fils qui doit régner un jour; Formcz-lc pour sou peuple, et non pas poiu' sa cour. Loin de lui tout éclat d une pompe importune! Offrez-lui pour leçon votre auguste infortune; Qu'il apprenne de vous (hélas ! vous le savez ! ) Que les rois au malheur sont souvent réservés; Qu'esclave du destin, au moment qu'il respire. L'homme est dans tous les rangs soumis à son empu^e. O vous qui , condamnant d'ambitieux exploits , Voulez d'un grand exemple épouvanter les rois , Dieux! vous qui m'immolez , lorsque j'efface un crime, Attachez vos bienfaits au sang de la victime; Regardez ces climats avec un œil plus doux ; Qu'Antiope du moins survive à son époux; Consolez sa douleur, soutenez sa faiblesse ; D'un père malheureux protégez la vieillesse : Je mets sous votre appui , dans mes derniers instans , Œdipe, mes sujets, ma femme, mes enfans. Cet espoù' me soutient à mon heure suprême ; Je goûte avant ma mort les fruits de ma mort même. L'honneur en est trop cher, le prix en est trop beau, Si le bonheur public renaît sur mon tombeau.
lié bien! quand le soleil, témoin de ma misère, Ne fait plus pour OEdipe éclater sa lumière, Si cet heureux espoir, qu'à l'instant je conçoi ,
.i42 OEDIPE A COLON E.
N'était pas une erreur et pour vous et pour moi ; Si le ciel, favorable à mon esprit, d'avance Faisait luire un rayon de son intelligence, Thésée, ah! laissez-moi, quand vous allez mourii-, À leur autel ici, pour les mieux attendrir. Des trois filles du Styx conjurer la colère. Peut-être leur justice entendra ma prière. Me le promettez-vous ?
THÉSÉE
Ah ! vous le desirez ; Et tous vos vœux, pour moi , sont des ordres sacrés. Adieu; vivez, OEdipe, et vous et votre fille.
( // se retire. )