ACTE III, SCÈNE V
ANTIGONK.
Je le crois.
POLY ^i CE, à OEdipe.
Permettez qu'un remords véritable Ramenant à vos pieds le fils le plus coupable... Vous ne m'écoutez pas!... Mon père, ali ! que ce nom Vous parle encor pour moi , vous invite au pardon ! À ma prière, hélas! serez- vous insensible? N'adoucirez- vous point ce front morne et terrible?
( Il se jette aux genoux de son père, qui le repousse. ) Mon père, au nom des dieux, n'écartez plus de vous Votre fils confondu, qui tremble à vos genoux!... Vous le voyez , ma sœur, son ame est inflexible : Pour être pardonné mon crime est trop horrible; Je vous l'avais bien dit. Sortons.
ANTIGONE
Demeure.
POLYNICE
Eh quoi !
Et sa bouche et son cœux, tout est muet pour moi ! Adieu. Tu lui diras que ton malheureux frère, Accablé comme lui d'opprobre et de misère , Mettant dans ses pleurs seuls l'espoir de l'attendrir, Lui demanda sa grâce avant que de mourir.
OEDIPE
Si ta sœur, dans ces lieux, où tout doit te confondre, Ingrat, ne m'eût prié de daigner te répondre, Tu peux être assuré, par ce ciel que tu vois.
44« OEDIPE À COEONE.
Que tu serais ))arti sans entendie ma voix.
Mais, puisqucii sa faveur je m'abaisse à t'entendre,
Que me veux-tu, perfide, et que viens-tu m apprendre?
POLYNICE
Seigneur, de quelque affront que je sois accablé,
Je vous vois, je respire, et vous m'avez parlé.
Mais, puisque de mon sort vous daignez vous instruire,
Apprenez qu'Étéocle, enivré de l'empire.
Me bravant sans respect , moi son roi, son aîné,
M'a retenu mon sceptre, et s'est seul couronné.
C'est par l'art de séduire, et non par son courage,
Qu'il a conquis sur moi notre antique liéritage.
Mais j'ai , pour y rentrer, j'ai des moyens tout prêts.
Adraste avec les miens unit ses intérêts;
Il m'abandonne tout , trésors , soldats , famille :
J'ai fondé nos traités sur l'hymen de sa fille.
Sept intrépides chefs vont, au premier signal,
Dans ses fameux remparts assiéger mon rival :
Chacun d'eux pour l'attaque a partagé les portes :
Tout est réglé, le temps, les endroits, les cohortes.
Qu'Etéocle pâlisse; ils vont tous l'accabler :
Mais c'est de cette main que je veux l'immoler.
C'est lui, c'est lui, l'ingrat, dont le conseil parjure
M'a fait envers mon père oublier la nature.
Que je dois le haïr! mais si vous m'exaucez,
Son triomphe est détruit, mes malheurs sont passés;
Si j'olitiens mon pardon, tout mon camp, sans alarmes,
Cioira voir par vos mains le ciel bénir mes armes;