ACTE Iir, SCÈNE V. 44<j
Et mes soldats vainqueurs viendront tous avec moi Vous ramener dans Tliébe, et vous nommer leur roi.
OEDIPE
Moi, leur roi! moi te suivre! ingrat, Tas-tu pu croire? Eh ! dis-moi , que m'importe et Thébe et ta victoire ! Penses-tu, malheureux, si je voulais régner, Que ce fût à ta main de m'oser couronner? Va tenter loin de moi tes combats et tes sièges; Transporte oh tu voudras tes drapeaux sacrilèges. Je plaindrai les Thébains , s'il faut que pour leur roi Le ciel n'ait qu'à choisir entre Étéocle et toi. Mais un prince, dis-tu, t'admet dans sa famille. Quel est l'infortuné qui t'a donné sa fille? Certes , tes alliés ont raison de frémir , Si c'est sur ta vertu qu'ils doivent s'affermir ! Le trône t'est ravipar un frère infidèle : Eh ! ne régnais-tu pas quand ta voix criminelle De mon pays natal m'exila sans retour?
Tu m'as chassé , barbare ; il te chasse à ton tour. Eh ! dans quel temps encor tes ordres tyranniques M'ont-ils banni du sein de mes dieux domestiques? Quand mon ame lassée après tant de malheurs , Soulevant par degrés le poids de ses douleurs, Pour vous seuls d'exister reprenait quelque envie , Et du sein des tombeaux remontait à la vie : C'est dans ce temps, ingrat, de ton rang enivré, Que tu m'as vu partir d'un œil dénaturé. Ton devoir, mes bienfaits, mes sanglots, ma misère. 9>. ar»
Kicu n'a pu t'attondjir sur ton malheureux père ; Et si ma digne fille, en consolant mes jours, À mes pas cliancolans n'eût prête ses secours, Si ses soins prévcnans, sa pieuse tendresse, Sur mes tristes destins n'eussent veillé sans cesse, Sans guide, sans appui, mourant, inanimé, Sur quelque bord désert la faim m'eût consumé. Va, tu n'es point mon fils : seule elle est ma famille. Antigone, est-ce toi? Viens, mon sang; viens, ma fille; Soutiens mon faible corps dans tes bras généreux : Ton front n'a point rougi de mon sort malheureux ; Toi seule as de ce sort corrigé l'injustice : Voilà mon cher soutien, voilà ma bienfaitrice. Puisqu il ne peut te voir, que ton père attendri Baigne au moins de ses pleurs la main qui l'a nourri. Toi, va-t'en, scélérat, ou plutôt reste encore, Pour emporter les vœux d'un vieillard qui t'abhorre. Je rends grâce à ces mains, qui, dans mon désespoir, M'ont d'avance affranchi de l'horreur de te voir. Vers Thêbes sur tes pas ton camp se précipite : J'attache à tes drapeaux l'épouvante et la fuite. Puissent tous ces sept chefs, qui t'ont juré leur foi, Par un nouveau serment , s'armer tous contre toi ! Que la nature entière à tes regards perfides S'éclaire, en pâlissant, du feu des Euménides ! Que ce sceptre sanglant que ta main croit saisir, Au moment de l'atteindre, échappe à ton désir! Ton Étéocle et toi, privés de funérailles,