ACTE m, SCÈNE V. 45i
Puissiez-vous tous les deux vous ouvrir les entrailles ! De tous les champs thébains puisses-tu n'acquérir Que Tespace en tombant que ton corps doit couvrir ! Et, pour comble d'horreur, couché sur la poussière, Mourir, mais en sujet , et bravé par ton frère ! Adieu : tu peux partir. Raconte à tes amis Et l'accueil et les vœux que je garde à mes fils,
POLYNICE
Je ne partirai point.
OEDIPE
Qui ! toi !
POLYNICE
Non.
Téméraire!
POLYNICE
Je vous désobéis, j'ose encor vous déplaire.
OEDIPE
De ton indigne voix je saurai m'affranchir. Qu'attends-tu donc?
POLYNICE
La mort.
OEDIPE
Quoi! tu veux!...
POLYNICE
Vous fléchir.
OEDIPE
Avant qu'OEdipe ému s'ébranle à ta prière ,
L'astre éclatant du jour me rendra la lumière.
POLYNICE
J'approuve vos transports. Mais, seigneur, faites mieux,!
Suscitez contre moi les enfers et les cieux ;
Du fond de ces enfers appelez les furies ,
Avec tous leurs serpens, leurs feux, leurs barbaries;
Leurs serpens, leurs flambeaux, leurs regards pleins d'effroi
Seront de tous mes maux les plus légers pour moi. 1
Vous avez un vengeur plus prompt, plus redoutable.
Qui vous sert sans éclat, qui s'attache au coupable,
Dont rien ne peut suspendre et fléchir la rigueur :
Et ce vengeur secret je le porte en mon cœur.
Il est là ce témoin, ce juge incorruptible.
Dont j'entends malgré moi la voix sourde et terrible.
Je le sais, je le dis, rien ne me fut sacré;
Je fus barbare, impie, ingrat, dénaturé;
Je ne mérite plus d'envisager la terre,
Ni ma sœur, ni le ciel, ni le front de mon père :
Mais il me reste un droit que je porte en tous lieux,
Qu'on ne me peut ravir, que j'ai reçu des dieux :
Avec eux par lui seul je communique encore :
C'est ce remords sacré qui pour moi vous implore.
Mais, que dis-je! Ah! ces dieux je les retrouve en vous.
Je les vois , je leur parle , et tombe à leurs genoux.
Ne sovez pas plus qu'eux sévère, inexorable;
Sous vos pieds qu'il embrasse écrasez un coupable.
Mais, avant de punir, avant de m'accabler.
Entendez mes sanglots, sentez mes pleurs coider: