ACTE I, SCÈNE I. i
J'exige que...
GLAMIS
Régnez.
DUNCAN
Tout est fini pour moi.
GLAMIS
Trompeurs pressentimens !
DUNCAN
Ils sont involontaires.
Te dirai-je encor plus? Les erreurs populaires, Sans doute, en d'autres temps, objets de mon mépris, Ont vaincu malgré moi mes timides esprits. On prétend (et ce bniit n'a plus rien qui m'étonne) Qu'on a vu sur nos bords la terrible Iphyctone , Iphyctone , interprète et ministre des dieux , Qui se montre aux mortels , et s'échappe à leurs yeux , Qui prédit leur trépas , leur grandeur passagère , Que le ciel rend présente aux forfaits de la terre , Et qui semble aujourd'hui , détournant ses regards , Ne plus voir que des morts , du sang et des poignards. On dit que ses trois sœurs , exécrables , impies , Dans qui le nord tremblant reconnaît ses furies , Ces trois sœurs qui, d'Odin ranimant les soldats, Couraient, volaient, frappaient, hurlaient dans les combats, Et qui, soufflant le meurtre, et la fuite et la rage. Dans les champs de la mort présidaient au carnage : On dit que ces trois sœurs , sous des rochers déserts , Où gronde et le torrent et la voix des hivers ,
i4 MACBETH.
Dans leurs flancs caverneux , quand tout dort sur la terre , Au bruit d'un feu magique, aux accens du tonnerre, Parmi des corps flétris et volés aux tombeaux , Les membres déchirés, la cendre, les lambeaux, Et tout ce qu'on redoute, et tout ce qu'on abhorre, Préparant des forfaits qui vont bientôt éclore, Par des mots tout-puissans , des cris mystérieux , Ébranlent la nature et l'enfer et les cieux.
G L AMIS
Vous me faites frémir. Mais un vieillard s'avance.