ACTE I, SCÈNE i. II
À Tinsolent Cador promettaient mon trépas. Ainsi vers un abymc entraîne par un traître, Ce n'est qu'en y tombant qu'on peut se reconnaître; Ainsi nos cœurs trompés prodiguent leur amour Aux vœux d'un scélérat qu'on doit haïr un jour!
GLAMIS
Un mortel généreux connaît mal l'imposture ;
Aisément dans un autre il croit voir sa droiture :
Des pièges qu'on lui dresse il n'est point occupé ;
Et ne trompant jamais , il est toujours trompé.
La défiance , hélas ! vous fut trop tard connue.
Sans doute justement votre ame prévenue,
Après tant de forfaits et tant de trahisons ,
A trop acquis le droit de s'ouvrir aux soupçons ;
Mais Macbeth, mais Herfort, votre noble espérance.
Qu'à votre auguste sang attache la naissance,
Tous deux de votre trône héritiers après moi,
Peuvent-ils vous laisser des doutes sur leur foi ?
Mais d'où vient que vos yeux , pleins de sombres alarmes ,
Se baissent vers la terre et retiennent leurs larmes?
Duncan par le malheur serait-il abattu?
DUNCAM.
Si le ciel n'eût à l'homme accordé la vertu ;
Si , lorsqu'il est troublé par quelque affreux présage ^
Il n'embrassait du moins sa consolante image.
Comment dans ses langueurs pourrait-il soutenir,
Accablé du présent, l'aspect de l'avenir?
Mon ame , cher Glamis , s'ouvre à toi tout entière :
12 MACBETH
Je crois en m'avançant dans ma longue carrière , Voyageur fatigué, vers le déclin du jour, Enfin de mon repos entrevoir le séjour. Il me semble, en quittant cette terre où nous sommes ,. Que mes tristes regards ont assez vu les hommes. Je crois , à la lueur d un si triste flambeau , Apercevoir dans l'ombre et toucher mon tombeau. A ces frayeurs d'abord j'ai rougi de me rendre; Mais que sert de combattre , et pourquoi se défendre ! Je n'ai plus, sans chercher d'oii me vient cet effroi, Qu'à laisser faire au sort, et qu'à mourir en roi. Quand le sort une fois a marqué sa victime , Rien ne change l'arrêt , injuste ou légitime ; Du lieu fatal sans crainte on la voit s'approcher, Et fuyant son trépas , elle court le chercher. •
G L AMI s.
D'où naît dans votre cœur un si funeste augure? D'un autre œil aujourd'hui vous voyez la nature; Votre œil, en s'égarant sur ce sauvage lieu. Semble dire à la terre un éternel adieu. Quitteriez-vous Glamis avec indifférence?
DUNCAN
On se rejoint souvent bien plus tôt qu'on ne pense.
Crois-moi , de quelques pas , à la mort destinés ,
Du tombeau seulement nous vivons éloignés.
Kous vivons!... Ah ! je sens que des tcrreiu's plus vives.,.
Mon ami, si le sort veut que tu me survives.
Si telle est du destin l'irrévocable loi ,