ACTE I, SCÈNE II. io
LE ROI
Ce jeune Arthur, le fils de Godefroi , Ce seul fds de mon frère, et qui crut être roi.
NÉ VIL
Ciel ! qu entends-j e? En mourant , quoi ! Richard, votre frère,
N'a-t-il pu vous léguer le sceptre d'Angleterre?
À son neveu , sans doute , il vous a préféré ;
Mais il en eut le droit, et ce droit est sacré.
Seul, entre Arthur et vous, du sceptre il fut Tai-hitre.
Son testament enfin n'est-il pas votre titre?
Couronné sous nos yeux, sur votre trône assis.
Vos droits depuis long-temps ne sont plus indécis.
À la mort de Richard, s'il eût vu la lumière,
Godefroi, votre aîné, succédait à son frère!
Sans débats sur le trône il eût d'abord monté ;
Mais son fils, mais Arthur en put être écarté.
Il le fut par Richard; et, dès ce moment même,
Son choix a consacré vos droits au diadème;
Et je ne comprends pas comment dans votre cœur
Il entre quelque doute ou la moindre terreur.
HUBERT
Sire , c'est un principe établi sur la terre ,
Qu'un fils dans tous ses droits représente son père.
Ainsi , le jeune Arthur, le fils de Godefroi ,
Par les droits de son père eût été notre roi ;
Mais Richard ( je le veux) , soit raison , soit caprice,
Vous a transmis son rang sans blesser la justice.
Oublions le passé : mais n'entendez-vous pas,
io6 JEAN SANS-TERRE.
Pour réclamer Arthur, le vœu de ses États? Vous-même examinez, voyez ce qu'ils prétendent; C'est leur prince , leur duc que leurs cris redemandent. Ah! c'est le retenir trop long-temps parmi nous. Il est à ses sujets, sire, il n'est point à vous. Rendez-leur cet enfant.
NÉ VIL
Mon avis est contraire.
Arthur est de la paix un garant nécessaire. Dans les plaines d'Anjou quand votre bras guerrier Vainquit ses généraux, l'arrêta prisonnier. Riche d'un tel otage , et dédaignant la gloire, Vous vîtes dans lui seul le fruit de la victoire. Dans Londres sur vos pas vous l'avez amené;- Songez comme on plaignit ce prince infortuné , Gomme on voulut bientôt vous enlever ce gage. De ses sujets, dit-on, ce complot fut l'ouvrage. Plus d'un Breton alors fut jeté dans la tour. Il faut d'un tel complot craindre encor le retour. Vous connaissez ce peuple. Ici tout est orage. Ce prince est dans vos mains, gardez cet avantage. On peut vouloir encor l'enlever aujourd'hui , Et cette tour, du moins, vous répondra de lui.
HUBERT
Sire, eh quoi ! cet enfant (je vous parle sans feinte) Peut-il à votre cœur inspirer tant de crainte? De lui si quelque chose était à redouter, Ce serait son malheur, qu'on aime à raconter.