ACTE I, SCÈNE II. i
DUNCAN
Va, je connais ton cœur. Toi, vieillard, réponds-moi.
SÉVAR.
Seigneur, de vos desseins j'ai compris l'importance; J'ai veillé sur Malcome, et gardé son enfance. Cru mort et cru mon fils , mes soins l'ont conservé, Et du fer de Cador nous l'avons préservé. Il est loin de prévoir, compagnon de mes peines, Que c'est le sang des rois qui coule dans ses veines. Sans doute il convenait, formé d'un si beau sang, Qu il ignorât sur-tout sa naissance et son rang. L'orgueil l'aurait perdu. Votre sagesse insigne Ne lui cacha ses droits que pour l'en rendre digne. Hélas! quoique si tard, quand le destin plus doux Voudra-t-il à la fin se déclarer pour nous ! On dit (si nous devons croire la renommée) Que Macbeth de Cador va combattre l'armée; Qu'd le presse, l'obsède, et peut-être aujourd'hui Que le trône et l'État seront sauvés par lui. Ah ! si sur votre fils mon devoir et mon zélé JSe me forçaient toujours d'ouvrir un œil fidèle , De quelle ardeur!... ce sang (j'en ai jadis versé) Dans ces veines, seigneur, n'est pas encor glacé.., J'irais contre Cador, j'irais contre un perfide..,
DUNCAN
Il est temps , cher Sévar, que mon sort se décide : Peut-être des combats l'impérieuse loi Prononce à l'instant même entre Cador et moi.
i6 MACBETH.
Vaincu, je veux , Sévar, qu'une heureuse ignorance
À mon fils pour jamais dérobe sa naissance;
Que, pour armer ses droits, des massacres nouveaux
Ke cliangent plus l'Ecosse en de vastes tombeaux.
Laisserai-je à mon fils, au lieu du rang suprême,
Cet orgueil impuissant d un roi sans diadème!
Ah ! plus heureux cent fois dans son obscurité ,
Qu'il y goûte un bonheur qui n'est point disputé !
Mais si le ciel donnait la victoire à nos armes.
Si mon fils sur le trône, heureux et sans alarmes...
[à part.) Que dis-je? Eh! si ce fils n'était qu'un mauvais roi,
( à Sévar. ) Si, trompant mes désirs!... Mon ami, réponds-moi.
SÉVAR.
Expliquez-vous, seigneur, quel intérêt vous touche?
DUNCAN
La vérité, Sévar, doit parler par ta bouche.
SÉVAR.
Vous l'entendrez : hé bien !
DUNCAX, à part.
Que va-t-il dire , ô cieux !
( haut. ) Réponds-moi comme ici tu répondrais aux dieux. Quel est mon fils?
SÉVAR.
Seigneur, dans nos antres rustiques , Je n'ai pu le former qu'aux vertus domestiques,