ACTE I, SCÈNE II
Aux mœurs de la nature, à la simple équité,
À voir avec respect , dans leur simplicité ,
Ces mortels belli([uoux, ces monta^juards terribles,
Endurcis aux travaux, au seul honneur sensibles,
Qui tant de fois pour vous ont bravé le trépas ,
Soldats dès le berceau, vieillis dans les combats.
Venant dans leurs foyers , après de longs services ,
Montrer à leurs enfans leurs larges cicatrices.
J'ai voulu dans ses jeux qu'ennemi du repos ,
Il imitât sur-tout les fils de ces héros ,
Ces fils de nos rochers , de nos forêts profondes ,
Nés au bord des torrens , plus fougueux que leurs ondes ,
Votre peuple en un mot suçant tout à-la-fois
Et linstinct du courage et l'amour de leurs rois.
Voilà de quels amis j'entourai sa jeunesse :
Ce fut là tout mon art, mon secret, mon adresse;
Je dus en faire un homme, et ne l'ai point flatté.
DUNCAX,
Tu m'as, mon cher Sévar, promis la vérité.
SÉVAR.
Je m'en souviens , seigneur.
DUNCAX.
Aura-t-il du courage?
SÉVAR.
Ses forces quelque temps ont attendu son âge. Enfin dans ses regards j'aperçus, enchanté. De l'œil du montagnard l'audace et la fierté. Je le vis tout-à-coup , hardi dans ses caprices,
,8 MACBETH
Dompter les flots émus , franchir les précipices ,
Le jour sur des rochers braver les noirs frimas,
La nuit me demander des récits de combats.
Oh ! combien de Cador il détestait les crimes!
Mais comme il gémissait sur ses tristes victimes!
« Viens, lui disais-je un jour, viens avec moi, mon fils,
« Combattre pour ton roi , mourir pour ton pays. »
À ces deux noms si chers il a versé des larmes ;
Et ses cris dans 1 instant m ont demandé des armes.
DUNGAN.
Mon cher fils !
OLAMIS.
Ah ! mon prince, ah! rendez grâce aux dieux De laisser à TÉcosse un roi si précieux ! Il sera bienfaisant, populaire, sensible, L'ami des malheureux, dans les combats terrible.
DUNGAN.
Oui, mais il faut au crime inspirer de Teffroi. {d'une voixfer?ne^ et en fixant sur Sévar un œil attentif. ) Sera-t-il juste?
SÉVAR.
Oui, prince.
DUNGAN.
Il sera donc un roi.
C'est ce mot , mon ami , qui lui seul le couronne. Si Macbeth est vainqueur, si le destin l'ordonne , Mon fils prendra mon sceptre , et je veux qu'aujourd'hui