‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 101 sur 167 · FIRMIN, AURÉLIEN, ZÉNOBIE, ISMÈNE, THÉONE · texte numérisé non relu

FIRMIN, AURÉLIEN, ZÉNOBIE, ISMÈNE, THÉONE

ISMÈNE

Mais , dieux ! Firmin.., Mon horreur est extrême, (à Firmin. ) Àh ! barbare ! c'est vous dout les secours trop lents... C'estvous,..Sapor est mort! Oh ciel! il n'est plus temps! Hëlas !

AURÉLIEIT.

Quelle raison près de moi te rappelle?

Le camp a-t-il déjà vu le sang d'un rebelle ? Sapor vit-il encor ? quelqu'un m'a-t-il trahi? Explique-toi.

FIRMIIT.

Seigneur, vous êtes obéi; Et sa mort dans ces lieux est déjà répandue. Sapor s'était soustrait à peine à votre vue , Que, brûlant d'arriver au lieu de son trépas. Son ardeur devant nous précipitait ses pas ; Quand , bientôt parvenu sous ces pompeux portiques Où des rois ses aïeux sont les bustes antiques : « Arrêtons-nous ici, dit-il; c'est dans ces lieux Qu'à ces bustes chéris j'expose mes adieux. Vous, héros, qui, couverts d'une éternelle gloire. M'avez vu, comme vous , suivi de la victoire i

i3o SAPOR.

Offert à vos regards , il doit m'être bien doux De répandre le sang que j'ai reçu de vous , Pfe l'ayant pu verser dans le sein de la guerre. >» Aussitôt , d'un effort plus prompt que le tonnerre , Nous le voyons saisi du fer d'un des soldats ; « Lâches, retirez-vous, qu'on ne m'approche pas, Dit-il ; je veux ici vous épargner un crime , Et porter seul des coups dignes de la victime. » A ces mots se taisant, d'une intrépide main Il enfonce le fer promptement dans son sein ; Il se perce, son saug par deux canaux bouillonne. Ce spectacle sanglant n'offre rien qui l'étonné; Il sent glisser en lui la mort sans se troubler. Et lui seul sans effroi voit tout son sang couler : Mais bientôt, d'un visage où la mort était pemte. Le regard languissant et la voix presque éteinte : « Je meurs enfin, dit-il , et les dieux l'ont permis; Aurélien peut vivre , il n'a plus d'ennemis. Vous, Ismène... » A ce mot, qu'à peine il a pu dire » Ce prince s'affaiblit, chancelle , tombe, expire. Je l'ai laissé , seigneur, sans forces étendu. Parmi les flots de sang qu'il avait répandu; Il ne vit plus enfin.

AURÉLIEir.

Le trépas d'un seul homme Affermit pour jamais la puissance de Rome : Je u'ai plus rien à craindre enfin ; et dans ce jour J'assure d'un seul coup mon troue et mon amour.

ACTEV, SCENE V. i3i

ISMÈNE

Il est mort, et je vis , et je respire encore! Et je te vois, cruel! Tu m'aimes, je t'abhorre. Ce n'est qu'avec le fer que tu touches un cœur. Monstre que les enfers out produit en fureur! I\loigne-toi , barbare; évite ma présence; Crains que Sapor ne vive cucore en ma vengeance. J'aurais déjà puni tes lâches attentati, Si de ton sling impur j'osais souiller mon bras; Dans les frémissemens de mon horreur extrême Je n'ose t'approcher pour te percer moi-même; Je réserve ma main pour un plus noble emploi : Lâche, voilà le coup que je gardais pour toi.

( elle se tue. )

ZÉNOBIE

Que vois-je ? juste ciel !

AURÉLIEN

Quel spectacle effroyable 1

ZÉWOBIE.

L'aurais-je dû penser ! Quel coup épouvantable !

AURÉLIEN

Ismène , hélas ! Ismène...

ISMÈNE

Ah ! ne m'approche pas ; J'irai sans ton secours dans la nuit du trépas. Je te laisse en mourant un noble exemple à suivre : J'aimais , j'aimais Sapor, je n'ai pu lui survivre ; Si tu m'aimes , suis-moi dans le séjour affreux;. Viens m'y voir dans les bras de ton rival heureux.

i3» SAPOR.

Mais que dis-je ? grands dieux! égarée, éperdue... Ah ! n'y suis point mes pas , n'y souille point ma vue ; Si tu t'y présentais , je voudrais le quitter : Barbare , je ne meurs qn'afln de t'éviter.

ZÉNOBIE

Ma fille, vous mourez? ce coup est mon ouvrage.

O mère infortunée ! Etait-ce à cet usage

Que ce fer malkeureux dans vos mains était mis ?

ISMÈ5E.

Madame , je fais plus que je n'avais promis. Je meurs.

AURÉLIEN

o coup fatal !

ZÉîCOBIE.

o ma fille!

THÉOIfE,

Elle expire.

( elle emporte Ismène. )

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