CONTRE LES MARIS
Qu'on voit malgré l'hymen et ses sacrés flainl>eaux. S'enrôler chaque jour sous de nouveaux dï-apeaux. Qui, d'un cœur plein de feux à leur devoir coulraires. Encensent follement des beautés étrangères ; Le soin toujours pressant de leurs galans exploits En vingt lieux différens les appelle à-la-fois. Agathon dans Paris court à bride abattue ; Malheur à qui pour lors est à pied dans la rue; D'un et d'autre côté ses chevaux bondissans D'un déluge de boue inondent les passans : Tout fuit aux environs , chacun cherche un asile ; Avec plus de vitesse il traverse la ville Que ces courriers poudreux que l'on vit les premier» Du combat de Nervinde apporter les lauriers , Et qui de la victoire empruntèrent les ailes Pour en donner au roi les premières nouvelles. De cet empressement le sujet inconnu , Quel est-il en effet ? eh quoi ! l'ignores-tu ? Il va , fade amoureux, de théâtre en théâtre , Exposer un habit dont il est idolâtre : Dans le même moment on le retrouve au cours ; Hors la file , au grand trot , il y fait plusieurs tours; Tout hors d'haleine enfin il entre aux Tuileries , Cherchaut partout matière à ses galanteries; Il reçoit tous les jours mille tendres billets; Ses bras sont jusqu'au coude entourés de portraits. On voit briller dans l'or des blondes et des brunes Qu'il porte pour garans de ses bonnes fortunes : Aux. yeux de son épouse il en fait vanité ;
Il prétend qu'en dépit des lois de l'équité Sa femme lui conserve une amour éternelle. Tandis qu'il aime ailleurs, et court de belle en belle. D'autres amours eucor... Mais non , d'un tel discours Il ne m'est pas permis de prolonger le cours ; Ma plume se refuse à ma timide veine : Eût-on cru que le Tibre eàt coulé dans la Seine , Et qu'il eût corrompu les mœurs de nos Français , Pour consoler le Pihin de leurs fameux, exploits ?
Je voudrais bien , Endoxe , abrégeant la matière , Calmer ici ma bile , et finir ma carrière ; Mais puis-je supprimer le portrait d'un époux Qui, sans cesse agité de mouvemens jaloux. Et paré des dehors d'une tendresse vaine , Aime, mais d'un amour qui ressemble à la haine ?
Alidor vient ici s'offrir à mon pinceau ; Il est de sa moitié l'amant et le bourreau ; Partout il la poursuit; saus cesse il la querelle f Il ne peut la quitter ni demeurer près d'elle. L'erreur au double front , le dévorant ennui , Les funestes soupçons , Tolent autour de lui; Un geste indifférent , uu regard sans étude , Va de son cœur jaloux aigrir l'inquiétude: Sans cesse il se consume en projets superflus ; Il voit , il entend tout , il en croit encor plus ; Il est, malgré ses soins et ses constantes veilles , Aveugle avec cent yeux , sourd avec cent oreilles; Chaque obje^ de sou cœur vient arracher la paix; Marbres, brouzes, tabitraux, portiers, cochers, laquais^
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Ceux même qu'aux déserts de l'ardente Guinée
Le soleil a couverts d'uue peau basanée ,
Tout lui parait amant fatal à son honneur;
Il craint des héritiers de plus d'une couleur.
Qu'un folâtre zéphyr avec trop de licence
Des cheveux de sa femme ait détruit l'ordonnance.
Sa main s'arme aussitôt du fer et du poison;
D'un prétendu rival il veut tirer raison.
Si la crainte des lois suspend sa frénésie ,
Pour l'immoler cent fois il lui laisse la vie;
Dans quelque affreux château, retraite des hiboux.
Dont quelque jour peut-être il deviendra jaloux ,
Il la traîne en exil comme une criminelle;
Et pour la tourmenter il s'enferme avec elle.
Dans ce sauvage lieu des vivans ignore.
D'un fossé large et creux doublement entouré.
Cette triste victime, affligée, éperdue.
Sur les funestes bords croit être descendue.
Lorsque la Parque enfin, répondant à ses vœux.
Vient terminer le cours de ses jours malheureux.
Nomme-moi , si tu peux, quelque mari saus vice^ Ma muse est toute prête à lui rendre justice. Sera-ce Licidas qui met avec éclat.
Sa femme en un couvent par arrêt du sénat. Et qui, trois mois après, devenu doux et sage. Célèbre en un parloir un second mariage ? Sera-ce Lisimou qui , toujours entêté , Convoque avec grand bruit toute la faculté. Et sur sou sort douteux cousuUaut fiippocrato
a5o SATIRE
Fait qu'aux yeux du public son clésbonneur éclate ? Quel champ, si je parlais d'un époux furieux , Qui , profanant sans cesse un chef-d'œuvre des dieux, Ose, dans les transports de sa rage cruelle. Porter sur sou épouse une main criminelle !
Mais je te veux encore ébaucher un tableau. Hemontons sur la scène et tirons ce rideau. Dieux! que vois-je ? en dépit d'une épaisse fumée. Que répand dans les airs mainte pipe enflammée. Parmi des flots de vin en tous lieux répandu. J'aperçois ïrasimon sur le ventre étendu. Qui , tout pâle et défait, rejette sous la table Les débris odieux d'un repas qui l'accable ; Il fait pour se lever des efforts violens ; La terre se dérobe à ses pas chaucelans; De mortelles vapeurs sa tête encore pleine Sous de honteux débris de nouveau le rentraîne ; Il retombe ; et bientôt l'aurore en ce réduit Tiendra nous découvrir les excès de la nuit ; Bientôt avec le jour nous allons voir paraître Quatre insolens laquais aussi soûls que leur maître. Qui , charmés dans leur cœur de ce honteux fracas, Près de sa femme au lit le portent sous les bras. Quel charme , quel plaisir pour cette triste femme De se voir le témoin de ce spectacle infâme , De sentir des vapeurs de vin et de tabac Qu'exhale à ses côtés un perfide estomac! Tufrémis: toutefois, dans le siècle où nous sommes. Chère Eudoxe , voilà comme sont faits les hommes.
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Quel mérite après tout , quels titres souverains Rendent donc les maris et si fiers et si vains ? Osent-ils se flatter qu'un contrat authentique Leur donne sur les cœurs un pouvoir tyrannique ? Pensent-ils que, brutaux , peu complaisans , fâcheux. Avares , négligés, débauchés, ombrageux, Parés du nom d'époux , ils seront sûrs de plaire , Au mépris d'un amant soumis , tendre , sincère , Complaisant, libéral, qui se fait nuit et jour Un soin toujours nouveau de prouver son amour? Non, non, c'estse flatter d'une erreur condamnable; Et pour se faire aimer, il faut se rendre aimable.
Après tous ces portraits , bien ou mal ébauchés , Et tant d'autres encor que je n'ai pas touchés. Iras-tu , me traitant d'ennuyeux pédagogue , Des martyrs de l'hymen grossir le catalogue ? Non ; dans un plein repos arrête ton destin : C'est le premier des biens de vivre sans chagrin. Si dans des vers piquans Juvénal en furie A fait passer pour fou celui qui se marie , D'un esprit plus sensé concluons aujourd'hui Que celle qui l'épouse est plus folie que lui.