CONTRE LES MARIS
JN ow, clière Eudoxe , non , je ne puis plus me taire ; Je veux te détourner d'un hymen téméraire ; D'autres filles, sans toi , veudant leur liberté. Se chargeront du soin de la postérité; D'autres s'embarqueront sans crainte de naufrage ; Mais toi, voyant l'écueil sans quitter le rivage , Tu n'iras point , esclave asservie à l'amour , Sous le joug d'un époux t'engager sans retour. Ni, d'un servile usage approuvant l'injustice. De tes biens, de ton cœur, lui faire un sacrifice , Abandonner ton ame à mille soins divers , Et toi-même à jamais forger tes propres fers.
Ke t'imagine pas que l'ardeur de médire Arme aujourd'hui ma main des traits de la satire , Ni que par un censeur le beau sexe outragé Ait besoin de mes vers pour en être vengé ; Ce sexe plein d'attraits, sans secours et sans armes , Peut assez se défendre avec ses propres charmes ; Et les traits d'un critique affaibli par les ans Sont tombés de ses mains sans force et langùissans. Mon esprit autrefois , enchanté de ses rimes , A* 21
Que vient d'assassiner un coupe-gorge affreux ? Mais fuyons ; sous ses pieds tous les parquets gémissen t ; De sermens tous nouveaux les plafonds retentissent : Et par le sort cruel d'une fatale nuit Je vois enfin Galet à l'aumône réduit : Sa femme cependant, de cent frayeurs atteinte, Boit chez elle à longs traits et le fiel et l'absiutbe. Ou , traînant après soi d'infortunés enfans , Va chercher un asile auprès de ses parens.
Harpagon est atteint de toute autre folie; Le ciel l'avantagea d'une femme accomplie; Il reçut pour sa dot plus d'écus à la fois Qu'un balancier n'en peut reformer eu six mois. Sa femme se flattait de la douce espérauce De voir fleurir chez elle une heureuse abondance. Elle croyait au moins que deux ou trois amis Pourraient soir et matin à sa table être admis ; Mais Harpagon aride, et presque diaphane Par les jeûnes cruels auxquels il se condamne» lie reçoit point d'amis aux dépens de son pain; Tout se ressent chez lui des langueurs de la faim ; Si, pour fournir aux frais d'un habit nécessaire. Sa femme lui demande une somme légère , Son visage soudain prend uue autre couleur f Ses valets sont en butte à sa mauvaise humeur; L'avarice bientôt au teint livide et blême , Sur sou coffre de fer va s'asseoir elle-même; Pour ne le point ouvrir il abonde en raisons; Ses hôtes sans payer ont vi ^ses maisoas >
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D*uu vent Tenu da nord la maligne influence A moissonné ses fruits avec sou espérance. Ou de fougueux torrens, inondant ses valions. Ont noyé sans pitié l'honneur de ses sillons. Ainsi , toujours rétif, rien ne fléchit sou ame Pour avoir un haLit , il faudra que sa femme Attende que la mort, le mettant au cercueil. Lui fasse enfin porter un salutaire deuil.
Mais pourquoi , diras-tu, cette injuste querelle ? Les époux sout-ils faits sur le même modèle ? Alcipe n'est-il pas exempt de ces défauts Que tu viens de tracer dans tes piquans tableaux ? D'accord: il est bien fait, généreux, noble, et sage ; Mais à se ruiner son propre honneur l'engage.
Sitôt que la victoire , un laurier à la main , Appellera Louis sur les rives du Rhin, Que des zéphyrs nouveaux les fécondes haleines Feront verdir nos bols , et refleurir nos plaines , Ses mulets importuns , bizarrement ornés , Et d'un airain bruyant partout environnés, Sous des tapis brodés, se suivant à la file, A pas majestuetix traverseront la ville ; Tout le peuple, attentif au bruit de ces mulets. Verra passer au loin surtout , fourgons, valets. Chevaux de main fringans, insultant à la terre , Pompe digne en effet des enfans de la guerre! Mais , pour donner l'essor à ce noble embarras , Combien chez le notaire a-t-il fait de contrats ! Les joyaux de sa femme ont été mis en gage ;
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D'un somptueux buffet le pompeux étalage ,
Que du débris commun il n'a pu garantir.
Rentre chez le marchand d'où l'on l'a tu sortir j
Pour assembler un fonds de deux mille pistoles ,
Combien, nouveau Protée, a-t-il joué de rôles !
Combien a-t-il fait voir que le plus fier guerrier
Est bien humble aujourd'hui devant un usurier !
Il part enfin, et mène avec lui l'abondance;
Tout le camp se ressent de sa noble dépense ;
Des cuisiniers fameux pour lui fournir des mets
Épuisent tous les jours les mers et les forêts.
Que fait sa femme alors ? dans le fond d'un village
Jille va, sans argent, déplorer sou veuvage ,
Dans ses jardins déserts promener sa douleur j
Et des champs paresseux exciter la lenteur.
On voit , six mois après , tout ce train magnifique,
Réduit à la moitié , revenir faible , étique ;
On voit sur les chemins l'équipage en lambeaux ,
Des mulets décharnés , des ombres de chevaux.
Qui , dans ce triste état n'osant presque paraître ,
S'en vont droit au marché chercher un nouveau maître.
Cependant au printemps il faut recommencer ;
Il faut sur nouveaux frais emprunter, dépenser.
Mais nous verrons bientôt une Uste cruelle
Du trépas de l'époux apporter la nouvelle;
Et pour payer enfin de tristes créanciers
Il ne laisse après lui qu'un tas de vains lauriers»
Il est d'autres maris , volages , infidèles , Fatigans , damerets, tjraus nés des ruelles,.