SCENE X
TBIGAUDIN.
Aux gens de bien, monsieur, je tends toujours la main,
I,ÉA.NDRE,
Que vous êtes charmé de rendre un bon office.
TKIGAUDIN,
Expliquez-vous ; je suis tout à votre service.
LÉjLNDRE.
Monsieur, un mien ami, de qui les intérêts M'ont toujours été chers et me touchent de près. Est fortement épris d'uue fille très-belle, *
Qui répond à ses feux d'une ardeur mutuelle ; Un père rigoureux veut forcer leurs désirs : ( Ces pères sont toujours ennemis des plaisirs.) En cette extrémité , n'est-il point d'artifice î*our les mettre à couvert des rigueurs de justice Contre l'enlèvement qu'ils sont près de tenter? L'ami pour qui je viens ici vous consulter M'a prié , ne voulant rien faire à la légère , De prendre par écrit votre avis sur l'affaire.
TRIGA.UDIN.
Lorsque la 'w>ix publique a su vous informer De ce profond savoir qui me fait estimer. Elle a dû, ce me semble, aussitôt vous instruire De cette probité qu'en moi chacun admire; Et je ne sais, monsieur, qui vous donne sujet De me communiquer un si hardi projet ; En cela je vous trouve un peu bien téméraire. Et n'ai point là-dessus de réponse à vous faire,
4i LES VENDANGES.
tÉANDRE.
Je conviens avec vous de ma témérité ,
Et mou début vous a justement irrité;
Mais , malgré mou audace, et trop grande et trop haule ,
S'il est quelque moyen de réparer ma faute,
J'oserai...
TRIGAUDIN
Quoi, monsieur?
LÉANDRE , lui présentant une bourse.
Vous prier instamment...
TRIGAUDIN
Ces prières, monsieur, sont un commandement.
LÉAKDRE.
Fort bien.
TRIGAUDi:^.
Ne croyez pas que l'intérêt m'engage A protéger le crime ou le libertinage ; Et n'était que je vois que c'est à bouue fin , Que tout cela ne tend qu'au mariage enfin. Tous me verriez toujours résolu de me taire. Oui , je pèse toujours mûrement une affaire , Et l'examine bien avant que m'embarqner ; Mais je vois bien qu'ici je n'ai rien à risquer. Cette affaire, monsieur , est de soi criminelle 5 En matière de rapt , l'ordonnance est formelle : Mais , dans l'occasion , on peut bien quelquefois En faveur d'un ami , faire gauchir les lois : C'est là le fiu, monsieur. Ce père inexorable Quel homme est-cc?