‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 63 sur 167 · ACTE II , SCENE IL 8i · texte numérisé non relu

ACTE II , SCENE IL 8i

Qu'il arme l'univers pour venger cette injnre;

Contre tout l'univers je soutieudrai mes droits.

Et saurai me soustraire au caprice des lois :

Je tnaiutieudrai sans lui l'iiouneur du diadème,*

On me l'a confié, j'en rends com])te à moi-même :

Qu'on s'en rapporte à moi , la gloire des Romains

Ne peut être remise en de meilleures mains.

Depuis que j'ai reçu les rênes de l'empire

Aux lois de mon devoir j'ai pris soiu de souscrire ;

Et , dans ce dur chemin où j'ai su m'avaucer ,

Ce n'est pas s'égarer que de s'y délasser.

FIRMIN

Oui, seigneur, jamais Rome en un jour de victoire

De traits plus glorieux ne marqua son histoire;

L'éclat dont aujourd'hui le sénat est frappé

N'est que de votre gloire uu rayon échappé :

Mais vous devez (;ucore arracher à l'envie

Les traits dont elle peut atta«|uer votre vie.

Ne pas vous en remettre à vos neveux déçus

A peser vos erreurs avecque vos vertus.

Du chemin de la gloire on ne saurait descendre

Que la trace n'eu soit difficile à reprendre :

En vam par mille exploits on a su s'avancer.

Pour un égarement il faut recommencer

Il ne sied qu'au cœur faible, aux hommes ordinaires ,

A se lasser bientôt dans ces routes austères ,

Et se flatter encor, fiers et présomptueux ,

Qu'un seul jour de vertu peut faire un vertueux.

Ah ! qu'il est beau, seigneur, au vainqueur de la terre.

8i SAPOR.

Qai dëchaîue à son gré le démon de la guerre, Qui tient tout sous ses lois, de borner son pouvoir Au terme généreux prescrit par son devoir. De laisser sa vertu, seule dans la balance, L'emporter sur le poids de toute sa puissance!

ATJRÉLIEN.

Tous tes conseils , Firmin, ne sont plus de saison ,

Et mes sens égarés ont séduit ma raison;

Une secrète voix, qui ne saurait se taire ,

Me prescrit mieux que toi ce que je devrais faire ,

Et contre cet amour m'aurait fait révolter,

Si mon cœur un moment avait pu l'écouter.

Que fais-je cependant dont ma gloire s'offense?

Me voit-on de l'empire oublier la défense?

Quels tyrans sont en paix? quels Romains sont proscrit;, ;

Mes arrêts au sénat de sang sont-ils écrits ?

L'univers me voit-il, couvert d'ignominie,

Traîner dans le repos une indolente vie?

Pour fruit de mes travaux , pour prix de mes exploits ,

Je ne veux qu'être un jour arbitre de mon choix.

Suis-je donc du séijat ou le maître ou l'esclave ?

Attendrai-je à la fin qu'il m'insulte et me brave.

Qu'il décide mon sort ? Firmin, n'en parlons plus :

L'amour est mon vainqueur ; tes soins sont superflus.

Mais on vient. Que je sens de trouble dans mon ame !

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