ACTE m , SCENE IV. lot
ZÉNOBIE
Elle y consentirait ! non je ne le puis croire. Ma fille n'ira point, insensible à sa gloire. Immoler sa vengeance, et, vous donnant la main, Vendre le sang d'un père à son lâche assassin.
( a Is/nène. ) Monterait-elle au trône où le corps de son père Fait le premier degré? Que prétend-elle faire ? Depuis quaud , en quel lieu , comment , et par quels droits Est-elle devenue arbitre de son choix? Sapor y conseut-il ? m'avez vous consultée ? La voix de mon époux, l'avcz-vous écoutée? Cette plaintive voix qui suit par-tout mes pas ? Et vous reproche un sang que vous ne venyezpas.
ISMÈNE
Et vous aussi , madame ? Hélas ! c'est trop de peines.
ZÉNOBIE
Non, ce n'est point mon sang qui coule dans tes veines ; Je ne t'ai point portée , ingrate, dans ce sein. Et tu n'as , en naissaut, sucé qu'an lait romain : Sout-ce la ces transports de haine et de vengeance Dont j'ai toujours pris soin de nourrir ton enfance ? Est-ce moi qui t'appris à trahir en un jour Les intérêts du sang , et les droits de l'amour ? Répoudâ moi; parle.
ISMÈNE
Helas!
ZÉHOBXE.
Insensible ! inhumaine '
ïoa SAPOR.
Tu soupires? Voilà les trausports de ta haine, Fille indigne d'un nom que tu ne peux porter !
AURÉLIEN
Madame, jusqu'à quand voulez-vous m'insuHer ?
N'avez-vous pas assez lassé ma patience ?
Dois-je eucor porter loin l'excès de ma constance ?
Mais , parmi ces discours, dont je dois être las.
Vous m'instruisez , madame; et je ne savais pas
Quand répandant sur vous un rayon de ma gloire
Je misse à votre frout une tache si noire ,
Et qu'un sceptre romain , par ma main présenté ,
Fût un crime pour vous à la postérité:
S'il faut même le dire , avec un œil sévère
Ma fierté dès long-temps avait vu le contraire ;
Et, soigneux de mou nom , j'ai craint jusqu'à ce jour
D'intéresser ma gloire en ce fatal amour :
Mais , madame , aujourd'hui , plus sensible à ma flamme ,
L'amour de son côté vient entraîner mon ame.
Je n'examine point ici qui de nous deux
Hasarde plus sa gloire un jour chez nos neveux :
Quoi qu'il en soit enfin, quoi qu'on en puisse dire.
Je le veux , je l'ordonne, et cela doit suffire;
Dussé-je me couvrir d'un affront éternel,
JPb conduis dans ce jour votre fille à l'autel.
( à Ismène.) Vous , madame , arrêtez l'effet de ma puissance : Mon amour est encor plus fort que ma vengeance ; Tenez votre promesse. Ici tout m'obéit ; Ces murs me rediront ce que vous aurez dit.