ACTE IV, SCENE IV
Son iufidélitc, dans ce jour malheureux.
Bien plus que sa coustance , a fait briller ses feux ;
D'amour et de terreur son ame combattue
A de tendres frayeurs s'est à la fin rendue :
Une loi trop cruelle arrachait un discours
Qu'elle ne prononçait que pour sauver vos jours.
Non que je veuille ici, trop pleine de tendresse ,
Faire grâce à l'amour, et cacher sa faiblesse:
Si de meilleurs conseils avaient été suivis,
Ma fille, vous , et moi , nous serions tous péris ,
Plutôt qu'un lâche aveu fût sorti de sa bouche ;
Mais enfin , plus sensible à l'ardeur qui la touche,
Ismène a consenti, dans ce funeste jour ,
Pour sauver son amant , d'immoler son amour.
SAPOR
Ah! que me diles-vous ? est-il bien vrai , madame ? A ce flatteur espoir puis-je livrer mon ame ? Quoi, malgré ses froideurs, Ismène dans son cœur Aurait désavoué ce discours imposteur ?
Ces sentimens trompeurs, arrachés par la feinte, N'étaient que des effets d'amour et de contrainte ? Ah! pardonnez , Ismène , à mon aveuglement ; Pardonnez aux transports d'un trop crédule amant; Je vous crois criminelle, et je suis seul coupable. Vous ne serez jamais à mes yeux plus aimable, Maiuteuant que je sais le prix de vos combats , Que quand vous me direz que vous ne m'aimez pas. Mais peut-être, madame, une pitié secrète, J^lus que la vérité, dans mon malheur vous jette :
rao SAPOR.
Car eufiu deux amaus , en cette extrémité , De la feinte aisément percent l'obscurité. Hélas! d'un seul soupir elle eût calmé l'orage, Dissipé mes frayeurs, rassuré mon courage. ' Eh ! contrainte à tenir un discours odieux , Sou cœur ne pouvait-il s'exprimer par ses yeux ?
ZÉ3ÎOEIE.
Tout mentait dans Ismène , et ses regards timides Craignaient d'en trop apprendre à des témoius perfides ; Ou l'observait.
SA-POR
Madame, ah! que m'apprenez-vous ?
On l'observait , grands dieux ! Ah ! courons , hâtons-nou^ Nos projets sont détruits; tout est perdu , madame. Hélas ! dans les transports qui déchiraient mon ame , Je n'aurai pu me taire ; on saura... j'aurai dit... Je sens que dans mou cœur l'espoir s'évanouit : Tout est perdu, madame, et je vous ai trahie. Quel malheur! quelrevers! dieux! quelle est donc ma vie Tous mes momens ne sont qu'un éternel retour De la crainte au dépit , de la rage à l'amour. Allons, courons finir mes jours et ma misère. Ciel , je ne serai plus l'objet de ta colère ! Il ne te reste plus contre moi qu'un seul trait ; Je l'attends : tonne , frappe , et je suis sati:>fait.
ZÉKOBIE.
Il n'est plus temps ici de se répandre en plaintes , Défendez votre cœur contre ces vaines craintes ; Que ce nouveau malheur , et peut-être incertain ,