‹ Œuvres (volume 4)Chapitre 10 sur 12 · VOYAGE DE SUÈDE · texte numérisé non relu

VOYAGE DE SUÈDE

rique-Eléonore, sœur du roi de Danemarck, de qui il a eu une fille pour premier enfant , en juillet 1681.

Ce que nous appelons présentement Suède était autrefois appelé Scandie ou bcandinavie, qui n'est pour ainsi dire qu'une presqu'île qui s'étend entre l'océan , la mer Baltique et le golfe Botnique.

Cette province n'est pas des plus fertiles partout. La Laponie est la stérilité même; et ce peuple, que j'ai eu la curiosité d'aller voir au bout du monde, est entièrement abandonné de la nourriture du corps et de l'ame, n'ayant ni le pain matériel ni Tévangélique. Mais la Gothie et l'Oslrogothie sont des pays qu'on peut comparer à la France pour leur fertilité ; et la terre y est si bonne , qu'elle donne en trois mois ce qu'elle produit en neuf en d'autres endroits. Les autres lieux où l'on force la nature pour l'obliger à nourrir les habitans, sont la Schonen, la Scbanmolande , l'Angermanie , la Finlande ; et c'est dans ces lieux où la nature , refusant la fertilité des plaines, accorde l'abondance des forêts, que les habitans brûlent l'hiver pour tempr l'été prochain du grain sur les cendres,

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qui y vient en perfection , et en moins de

temps que partout ailleurs.

Les Suédois sont nalurelleraent braves gens; et, saw^ parler des Goths et des Vandales, qui , franchissant le*. Alpes et les Pyrénées , se rendirent maîires de l'Italie et de l'Espagne , considérons de nos jours un Gustave Atloljhp, l'honneur des conquérans , suivi de très-peu de Suédois , qui traversa victorieux toute l'Allemagne comme un éclair, et qui fit ressentir a tous les princes la valeur de ses armes. Voyons un Charles Gu>tav3, dernier roi de ce pa>^, qui réduisit les Danois , ses plus fiers ennemis, à se retirer dans leur ville capitale, qui leur restait seule de fout le royaume , où il les assiégea pendant deux ans; qui, après plusieurs ha» tailles, vint finir ses jours d'une fièvre à Cottcnbourg , à 1 âge de trente-sept ans , le 12 février l'^fio.

Ce prince , qui n'a jamais fait que des mer- Teilles, obligea aussi le ciel à le seconder et aie secourir, et à faire des miracles pour lui. Il affermit les eaux du Beit pour lui donner occasioii d'entreprendre une action héroïque.

Charles X fit passer toutes ses troupes sur une mer glacée de deux lieues de iaige, avec tout le canon , et y campa plusieurs jours avec une intrépidité de cœur qui surprenait tous les autres, et qui lui était naturelle. Si ce prince était grand guerrier, il ne fut pas moins politique ; et il le fit bien voir pendant le gouvernement de la reine Christine , qui, s'amusant à consulter quantité de savans , qu'elle faisait venir de toutes parts, et qui ne lui apprenaient pas l'art de régner, lui donna occasion de captiver l'esprit de tous les sénateurs, rebutés du gouvernement de cette reine, qu'ils obligèrent à abdiquer le royaume entre ses mains.

Le grand Gustave Adolphe n'a -t- il pas montré le chemin à ce dijine successeur? après avoir mené une vie toute héroïque et tonte guerrière, il la finit dans le champ de la victoire, et au milieu de ses armées, d'un coup de mousquet , qui ôta à l'Europe son plus grand conquérant.

I^a reine Christine a été un digne rejeton de ce grand prince ; cette princesse avait l'ame toute royale, et a épuisé toutes les louanges des grands hommes. Elle aurait ré-

gné plus long-temps , si elle eût été plus maîtresse d'elle-tnême; et la jalousie qu'elle excita parmi les sénateurs, qui voyaient impatiemment les dernières faveurs qu'elle accordait au ristrosse^ dont elle eut des enfans, lui ôta la couronne de dessus la tête. Elle changea de religion, à la persuasion d'un ambassadeur d'Espagne , qui lui promit qu'elle épouserait le roi son maître si elle voulait se faire catholique. Elle est demeurée à Rome presque tout le temps qu'elle a quitté le sceptre, où elle s'entretenait de dix mille écus de pension que le pape lui donnait tous les ans, jusqu'à ce que le roi de France l'ait fait rentrer dans tous ses biens. Elle s'était léservéles îles fertiles d'Aland et de Gotland, qui font sur la mer Baltique; mais elle les a échangées depuis peu contre le territoire de Norcopin , en Ostrogothie.

Charles XI, à présent régnant, est fils de Charles Gustave, comte palatin, delà maison de Deux-Ponts, et de Hedwige Eléonore, fille puînée du duc de Holstein. C'est un prince qui ne dément point la générosité de ses ancêtres ; son port fier et royal fait assez voir qu'il est du sang des illustres Gastaves. Les

inclinations de ce prince sont toutes martiales ; n'ayant plus d'ennemis à combattre, sa plus grande occupaMonest d'aller à la chasse aux ours. Cette chasse se fait mieux en hiver qu'en été ; et lorsque quelque paysan a découvert leurs passages par les traces qui sont imprimées dans la neige, il en donne avis au grand veneur, qui y conduit le roi. L'ours est un animal intrépide; il ne fuit point à l'aspect de l'homme , mais il passe son chemin sans se détourner. Quand on l'aperçoit assez proche, il faut descendre de cheval et l'attendre jusqu'à ce qu'il soit fort près de vous, et vous le faites lever sur ses pattes de derrière par un coup de sifflet que vous donnez; c'est le temps qu'il faut prendre pour le tirer; et il est fort dangereux de ne le pas blesser mortellement , car il vient de furie se jeter sur le chasseur , et , l'embrassant de ses pattes de devant , il l'étouffé ordinairement; c'est pourquoi il faut avoir encore un pistolet pour lui lâcher à bout portant, et un épieu pour la dernière extrémité. Nous en vîmes un à Stockholm, que le roi avait tué lui-même, en secourant son favori Yaqmester qui en était presque étouffé. Cet

animal est couché trois ou quatre mois (\e l'année, et ne prend pour lors aucune nourriture qu'en suçant sa patte. Le roi a toujours autour de lui trois ou quatre petits ours, à qui on coupe les dents et les ongles tous les mois.

J'ai connu à Copenhague M, de Martangis, ambassadeur , qui me fit mille amitiés. Je jouai plusieurs fois avec lui. Il me mena chez madame la comtesse de Rantzau , dont le mari a été ambassadeur en France ; j'y soupai avec les belles dames de Revinseleau et Grabe, deux sœurs, dont la dernière peut passer pour un chef-d'œuvre de beauté. J'y ▼is aussi madame de Ratelan, et M. du Poineau , Rochellois, capitaine de va».«iseau de roi , qui avait quitté le service à cause de la teligion.

Je partis de Copenbague ponr Stockholm le premier juillet. Nous vîmes Frédérishourg, le lieu de plaisance du roi , qu'on peut appeler le Versailles du Danemarck. La chapelle en est magnifique , la chaire et le tabernacle, et quantité d'autres figures, sont d'argent massif: mais ce qui me parut de plus cnrieui , fut un orgue d'ivoire, qu'on dit avoir

coûté quatre-vingt mille écus de sculpture. L'oratoire d« roi , qui est derrière la chapelle , et d'où il entend le service, est un lieu où l'on n'a rien épargné pour le rendre niagnilSque. On nous mena par tous les appartemens du château, et nous n'y remarquâmes rien de beau que la grande salle qn'i est au haut, dont on peut admirer le lambris : la variété des couleurs forme un aspect magnifique , et contente admirablement la vue.

De Frédérisbourg nous vînmes coucher à Elseneur , où est le détroit du Sund ; c'est là que tous les vaisseaux paient au roi de Danemarck. Les vaisseaux suédois sont exempts de payer aucun tribut ; ce qui fait que la plupart des vaisseaux prennent bannière suédoise, qui est de bleu avec une croix jaune. Ce passage est gardé d'un bon château ; mais je ne crois pas qu'il soit bien difficile d'v passer sans rien payer. Nous couchâmes là chez l'agent du roi de France, qui est Irlandais. Nous passâmes le lendemain à Helsimbourg avec un vent contraire. Celte ville s'est soutenue dans ces dernières guerres assez long-temps contre les efforts

des Danois. II y périt plus de six mille hommes en huit jours de temps. Ils la prirent enfin; mais ils l'ont rendue, comme toutes les autres places qu'ils avaient prises à la couronne de Suède.

Nous vîmes en passant Ryga, Engelholm, la Holm , Halmstad , ville fortifiée , et recommandable par la dernière bataille que le roi de Suède y donna. Ce fut là le premier combat qu'il soutint, et la première victoire qu'il remporta, aidé de M. de Feuquières , lieutenant-général des armées du roi , et ambassadeur auprès du roi de Suède. Ce fut dans cette même bataille que ce jeune roi, se laissant emporter à son courage, et se croyant suivi de son régiment de drabans, qui sont ses gardes , avec lesquels il se croit invincible, s'avança seul au milieu de l'armée ennemie, cherchant partout le roi de Danemarck , et l'appelant à haute voix; et, ne le trouvant point, il se mit à la tête d'un régiment ennemi , qu'il trouva sans capitaine , faisant le commandement en allemand , comme toutes les nations du nord , et le conduisit au milieu de son armée, où il fut iiaché en pièces.

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De Halrastad nous allâmes à Jénycopin , dont la situation sur le bord du Veser, lac qui a huit lieues d'éteudue , est admirable. Ou va ensuite à Gienna, Norcopin, Lincopin, Nycopin , Vellit ; et nous arrivâmes à Stockholm le lundi à onze heures du soir, ayant été six jours à marcher continuellement et le jour et la nuit, par des rochers et des bois de pin et d'espiéras , qui forment la plus belle vue du monde. Nous fîmes ce chemin dans un chariot que nous achetâmes quatre écus à Drasé , et nous remarquâmes les maisons des paysans , qui sont faites à la moscovite , avec des ai-bres entrelacés. Ces gens ont quelque chose de sauvage ; l'air et la situation du pays leur inspirent cette manière.

Le mille de Suède a six mille six cents toises, et celui de France deux mille six cents.

Stockholm est une ville que sa situation particulière rend admirable. Elle se trouve située presque au milieu de la mer Baltique, au commencement du golfe Bothnique. ôon abord est assez difficile, à cause de la quantité de rochers qui Fenvironnent ; mais , du

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moment que les vaisseaux sont une fois dans le port , ils sont p!iis en sûreté qu'en aucun endroit du monde : ils \ demeurent iaus ancre , et s'approchent jusqu'aux murs des maisons. Stockhulm est la ville de la mer Baltique du plus grand commerce ; et comme cette mer n'est navigitb'e que six mois de l'année , rieu n'est plus supeibe que la quantité de vaisseaux qui se voient dans son port depuis le mois d'avril jusqu'au mois d'octobre.

Sitôt que nous fûmes arrivé* à Stockholm , nous allâmes saluer M de Feuquières, lieutenant-général des armées du roi, qui y était ambassadeur depuis dix ans. Il nous reçut avec tout l'accueil possible, et nou<i mena le lendemain baiser la main du roi. Ce prince , âgé de vingt-cinq ans, est fils de Chittles, prince palatin , entre les mains duquel la reine Christine , fille d'Adolphe, dernier roi de la maison de Vasa , laissa la couronne de Suède, lorsqu'elle voulut se défaire du gouvernement , et changer de religion.

Son humeur est toute maitiale; les exercices de la guérie et de la chasse lui sont familiers , et il n'a pas de plus grand plaisir

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que celui qu'il prend dans ces travaux. Nous etimes l'honneur de l'entretenir pendant près d'une heure, et le plaisir de le contempler tout à notre aise. Il est d'une taille bien proportionnée; son port est fier, et tout en est

royal : il épousa , il y a environ un an ,

fille de Frédéric III, et sœur du roi de Danemarck à présent régnant. Ces deux personnes royales ont toujours eu entre elles un rapport et une sympathie extraordinaires, qu'il était aisé devoir. La nature les avait de tout temps formés l'une pour l'autre.

Le prince ne rencontrait jamais personne qui put lui donner des nouvelles delà princesse, qu'il n'en demandât d'assez particulières pour faire connaître qu'il y avait toujours dans ses demandes plus d'amour que de curiosité ;etla princesse s'inquiétait toujours si exactement du prince , qu'on remarquait aisément qu'elle aimait moins des nouvelles du prince que le prince même.

L'on, fit , pendant notre séjour à Stock- , holm , de grandes réjouissances pour la naissance d'une princesse. Nous fûmes présens à la cérémonie de son baptême. Il .y eut table ouverte; et le roi, pour marquer sa joie, 5. 16

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entreprit de soûler toute la cour, et se ûi lui-même plus gaillard qu'à l'ordinaire. Il les excitait lui-même , en leur disant , (ju'nn cavaliern était pas brave lorsqu'il ne suivait pas son roi. Il parlait le peu de français qu'il savait à tout le monde , et je remarquai que c'était le seul de sa cour qui le parlait le moins. Tous les cavaliers suédois se font une gloire particulière de bien parler notre langue. Le comte de Stembok , grand maréchal du royaume, leristrosse ^ ou vice-roi, comte de la Gardie, le grand trésorier ÎJteint- Bielke, le comte Cunisraar, tous ces gens-là parlent aussi bien français que des Français mêmes. L'envoyé d'Angleterre fît des merveilles dans cette débauche , c'est-à-dire qu'il se soûla le premier. L'envoyé de Danemarck, qui a\^ait tenu la princesse au nom du roi son maître , le suivit de bien près , et ne raisonna guère Apre"; lui toute la compagnie n'en fit pas moins. Les dames furent aussi de la partie : les deux belles filles du ristrosse tenaient les deux bouts du poêle qui couvrait l'enfant. Elles s'y firent distinguer par-de.^5us toutes les autres dames par leur beauté et leur bonne grâce. Nous al-

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iàines quelques jours après chez le comte de la Gardie , à Carsbéry , palais assez régulier, et que sa situation au milieu des rochers et sur le bord du lac rend un des plus beaux de la Suède: le roi de Suède l'a voulu acheter pour en faire présent à la reine. Le maître de cette maison , qui est assurément un des grands seigneurs du royaume, a été depuis quatre mois fort maltraité de la réduction, comme quantité d'autres; il a perdu plus de quatre-vingt-mille écus par cette réunion de biens au domaine.

Les bâtimens de Stockholm sont assez somptueux ; l'on peut remarquer entre autres la maison de la noblesse, le palais du ristrosse , celui du grand trésorier , et quantité d'autres. Je devrais avoir parlé du louvre avant tous les autres édifices : mais, s'il est vrai qu'il est le premier de la ville, à cause de la personne qui l'habite, on peut dire que ce n'est que par-là et par la quantité de son logement qu'il est recommandable. Il y a quelques salles qui sont meublées assez magnifiquement; mais elles ne sont point disposées pour faire un palais, et on ne sait de quelle figure elles sont.

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Nous vîmes pendant notre séjour une exécution de deux valets qui s'étaient trouvés à l'assassinat d'un gentilhomme , que leurs maîtres avaient fait. Ils n'étaient pas les plus coupables , mais ils furent les plus malheureux. Nous admirâmes la constance et l'intrépidité de ces gens allant au supplice. Ils ne semblaient point émus , et parlaient indifféremment avec toutes les personnes qu'ils rencontraient. L'un deux était marié ; sa femme le soutenait d'une main , et le ministre de l'autre.

Nous connûmes à Stockholm M. de Feuquières, ambassadeur; M. de La Piquelière, homme savant et fort curieux; M. Le Yas- .seur , secrétaire de l'ambassade, fils d'un avocat, rue Quincampoix ; M. de La Chenets, et le P. Archange, carme, et aumônier de M.... Là nous vîmes M. Bart, corsaire, qui demeurait à Stockholm pour le recouvrement des deniers d'une vente qu'il avait faite au roi de* quelques prises sur les Danois et les Lubéquois, déclarées bonnes.

A l'auberge , chez Yirchal , Normand , messieurs de Saint Leu, La Neuville, Grand-

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maison , écuyer de M. le comte Charles Ocstierii ; Coiffard , chirurgien , et....

La mine de Coperbéryt est ce qu'il y a de plus curieux en Suède, et qui fait toute la richesse du pays. Quoiqu'il s'y trouve beaucoup de mines, celle-là a toujours été la plus estimée, et ou ne se souviçnt point du temps qu'elle a été ouverte : elle est à quatre journées de Stockholm. On découvre cette mine long-temps avant que d'y être, par la fumée qui en sort de toutes parts , et qui la fait plutôt paraître la boutique de Vulcain que la demeure des hommes. On ne voit de tous côtés que fourneaux, que feux, que charbons, que soufre, et que cyclopes , qui achèvent de perfectionner ce tableau infernal. Mais descendons dans cet abîme pour en mieux concevoir l'horreur. On nous conduisit d'abord dans une chambre oîi nous changeâmes d'habits , et prîmes chacun un bâton ferré pour nous soutenir dans les endroits les plus dangereux. De là nous entrâmes dans la mine par une bouche d'une longueur et d'une profondeur épouvantables, qui empêchaient de voir les gens qui travaiU laient dans le fond , dont les uns élevaient

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des pierrf s , d'autres faisaient sauter des terres ; quelques-uns détachaient le roc du roc par des feux apprêtés pour cela ; enfin , tous ayaient leur emploi différent. Nous descendîmes dans ce fond par quantité de degrés qui y conduisaient , et nous commençâmes alors à connaître que nous n'avions encore rien fait , et que ce n'était là qu'une préparation à de plus grands travaux. En effet, nos guides allumèrent alors des flambeaux de bois de sapin, qui perçaient à peine les épaisses ténèbres qui régnaient dans ces lieux souterrains, et ne donnaient de jour qu'autant qu'il en fallait pour distinguer tous les objets affreux qui se présentaient à la vue. L'odeur du soufre vous étouffe , la fumée vous aveugle , le chaud vous tue : joignez à cela le bruit des marteaux qui retentissent dans ces cavernes , la vue de ces spectres nus comme la main et noirs comme des démous; et vous avouerez avec moi qu'il n'y a rien qui donne une plus forte idée de l'enfer que ce tableau vivant, peint des plus sombres et des plus noires couleurs qu'on se puisse imaginer.

Nous descendîmes plus dedeux lieuesdans

terre par des chemins épouvantables , tantôt sur des échelles tremblantes , tantôt sur des planches légères, et toujours dans de continuelles appréhensions. Nous aperçûmes dans notre chemin quantité de pompes et de machines assez curieuses pour élever les eaux ; mais nous ne pûmes les examiner à cause de l'extrême fatigue dans laquelle nous nous trouvions : nous aperçûmes seulement quantité de ces malheureux qui travaillaient à ces pompes. Nous allâmes jusqu'au fond avec beaucoup de peine ; mais quand il fallut remonter , siiperasqne evadere ad auras , ce fut avec des peines incomparables que nous regagnâmes la première hauteur , où il fallut nous jeter contre terre pour reprendre un peu haleine que le soufre nous avait coupée. Nous arrivâmes, par le secours de quelques gens qui nous prirent par-dessous les bras, à la bouche de la mine. Ce fut là que nous commençâmes à respirer avec autant de plaisir que ferait une ame qui sortirait du purgatoire; et nous commencions à reprendre un peu de vigueur, quand un objet pitoyable se présenta devant nous. On reportait en haut un pauvre malheureux qui venait d'être

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écrasé d'une pierre qui éîait tombée sur lui. Cela arrive tous les jours , et les pierres les plus petites, venîuit à tomber d'une hauteur extraordinaire , font le njéme effet que les plus grosses. Il y a toujours sept à huit cents hommes qui travaillent dans cet abîme: ils gagnent seize sous par jour ; et il y a presqu'autant de piqueurs, qui ont une hache à la main pour marque de commandement.

Je ne sais si l'on doit avoir plus de compassion du sort de ces malheureux que de l'aveuglement des hommes, qui, pour entretenir leur luxe et assouvir leur avarice, déchirent les entrailles de la terre , confondent les élémens, et renversent toute Ja nature. Boëce avait bieu raison de dire , en se plaignant des mœurs de son temps :

Heu ! primus quis fuit ille Auri qui pondéra tecti , Gemaaasqne latere Tolentes , Pretiosa pericula fodit ?

En effet, v a-l-il rien de plus inhumain que d'exposer tant de gens dans de si précieux périls ? Pline dit que les Romains , qui avaient plus besoin d'hommes que d'or, ne

voulaient point permettre qu'on ouvrît des mines qu'on avait découvertes en Italie , pour ue pas exposer la vie de leurs peuples ; et les malheureux qui ont mérité la mort ne peuvent être plus rigoureusement punis qu'en les laissant vivre pour être obligés de creuser tous les jours leurs tombeaux. On trouve dans celte mine du soufre vif, du vitriol bleu et vert, et des octaèdres : ce sont des pierres tachées naturellement en forme pyramidale de l'un et de l'autre côté. De Coperbéryt nous vînmes à une mine d'argent qu'on voit à Salbéryt, petite ville à deux journées de Stockholm, dont l'aspect est un des plus riants qui soit en ce lieu. Nous allâmes le lendemain à la mine, qui en est distante d'un quart de mille. Cette mine a trois larges bouches, dans lesquelles on ne voit point de fond. La moitié d'un tonneau , soutenue d'un cable , sert d'escalier pour descendre dans cet abîme : il monte et descend par une même machine assez curieuse, que l'eau fait tourner de l'un et de l'autre côté. La grandeur du péril où l'on est se conçoit aisément quand on se voit ainsi descendre, n'ayant qu'un pied dans

cette macbine , la vie dépend de la force ou de la faiblesse d'un cable. Un satellite, noir comme un démon , tenant à la main une torche de poix et de résine, descend avec vous, et chante pitovablement un air dont le chant lugubre semble être fait exprès pour cette descente infernale. Quand nous fûmes vers le milieu , nous fûmes saisis d'un grand froid, qui, joint aux torrens qui tombaient sur nous de toutes parts, nous fit sortir du profond assoupissement dans lequel nous serablions être en descendant dans ces lieux souterrains. Nous arrivâmes enfin, après une demi-heure de marche, au fond de ce premier gouffre : là, nos craintes commencèrent à se dissiper ; nous ne vîmes plus rien d'affreux ; au contraire tout brillait dans ces régions profondes. Nous descendîmes encore fort avant sous terre, sur des échelles extrêmement hautes , pour arriver dans un salon qui est dans l'enceinte de cette caverne, soutenu de plusieurs colonnes du précieux métal dont tout était revêtu. Quatre galeries spacieuses y viennent aboutir; et la lueur des feux qui brillaient de toutes parts, et qui venaient frapper sur l'argent des voûtes et

âur un clair ruisseau qui coulait à côté , ne servait pas tant à éclairer les travaillans , qu'à rendre ce séjour plus maguifîque que le palais de Pluton , qu'on nous met au centre de la terre , où le dieu des richesses a déployé tous ses trésors. On voit sans cesse dans ces galeries des gens de toutes les nations, qui recherchent avec tant de peine ce qui fait le plaisir des autres hommes. Les uns tirent des chariots, les autres roulent des pierres, et d'autres arrachent le roc du roc. C'est une ville sous une autre ville ; là, il ^ a des maisons , des cabarets , des écuries , et des chevaux; et ce qu'il y a de plus admilable, c'est un moulin qui tourne continuellement dans le fond de ce gouffre, et qui sert à élever les eaux qui sont dans la mine. On remonte dans la même machine pour aller voir les différentes opérations pour faire l'argent.

On appelle 5tuf les premières pierres qu'on tire de la mine, lesquelles on fait sécher dans un fourneau , qui brûle lentement , et qui sépare l'antimoine, l'arsenic, et le soufre, d'avec la pierre , le plomb , et l'argent , qui restent ensemble. Cette première opération

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est suivie d'une autre , et ces pierres sécliées sont jetées dans des trous pour y ôlre pilées et réduites en limon par le moyen de quantité de gros marteaux que l'eau fait agir : cette boue est délayée dans une eau qui coule incessamment sur une grosse toile mise en glacis , qui , emportant tout ce qu'il y a de terrestre et de grossier, retient le plomb et l'argent dans le fond, d'où on le tire pour le jeter pour la troisième fois dans des fourneaux qui séparent l'argent d'avec le plomb qui sort en écume. ,

Les Espagnols de Potosi ne s'arrêtent plus à toutes les différentes fontes pour purifier l'argent et le rendre malléable, depuis qu'ils ont trouvé la manière de l'affiner avec le vifargent , qui est l'ennemi mortel de tous les autres métaux, qu'il détruit ; excepté l'or et l'argent, qu'il sépare de tout ce qu'ils ont de terrestre pour s'unir entièrement à eux. On trouve du mercure dans cette raine; et ce métal, quoique quelques-uns ne lui donnent j>a<: ce nom, parce qu'il n'est pas malléable, est pfut être un des plus rares effets de la natuie ; car, étant liquide et coulant de lui-même , il est la chose du monde

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la plus pesante, et se convertît en la plus légère, et se résout en fumée, qui , venant à rencontrer un corps dur ou une région froide, s'épaissit aussitôt, et reprend sa première forme, sans pouvoir jamais être détruit.

Celui qui nous conduisit dans la mine, et qui en était intendant, nous fit voir ensuite chez lui quantité de pierres curieuses qu'il avait ramassées de toutes parts. Il nous lit voir un gros morceau de cette pierre ductile qui blanchit dans le feu loin de se consumer, et dont les Romains se servaient pour brûler les corps de leurs défunts. Il nous assura qu'il l'avait trouvée dans cette même raine, et nous fit présent à chacun d'un petit morceau , que par grâce spéciale il en détacha.

Nous partîmes le même jour de cette petite ville pour aller à Upsal, où nous arrivâmes le lendemain d assez bonne heure.

Cette ville est la plus considérable de toute la Suède pour son académie et pour sa situation : c'est là où tous ceux qui veulent embrasser l'état ecclésiastique vont étudier; et la politique de ce royaume défend aux nobles 5. 17

d'entrer dans cet état , afin de maintenir toujours le nombre des gentilshommes , qui peuvent servir plus utilement ailleurs.

Nous vîmes la bibliothèque , qui n'a rien de considérable que le Codex argenteus manuscrit , écrit en lettres gothiques d'argent par un évêque des Goths, nommé Ulphila , qui demeurait dans la Mésie. Ce livre fut trouvé dans le sac de Prague, et enlevé par le comte de Conismarck, qui en fit présent à la reine Christine.

La suite d'Upsal se peut voir dans la relation qui est à la fin de mon voyage de Laponie, parce qu'en revenant je fis ce chemin.

Nous vîmes aussi à Stockholm un envoyé du khan des petits Tartares, autrement Tartares de Crimée , ou Précopites , qui habitent l'ancienne Chersonèse Taurique, et le pays qui s'étend entre le Borysthène et le Tanaïs. Ce prince donne des récompenses qui ne lui coûtent guère ; et des lettres d'envoyé aux princes cJirétiens sont ses grâces les plus spéciales. J'étais présent quand l'envoyé eut audience.; le roi était dans un fauteuil au milieu de sa cour. L'envoyé fit saJbarangue mal, sans même regarder le roi^ il Jui pré-

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#enta cinq ou six lettres pliées en long , et enveloppées dans du taffetas. L'une était du khan , l'autre de la feinme d'un de ses frères , et une du grand ministre. Il offrit quelques chevaux tartares assez mal faits, mais d'une vigueur inconcevable. Le roi fit réponse qu'il les acceptait s'ils venaient de leur seigneur, ce qu'ils assurèrent, et ils baisèrent la main du roi en la mettant sur leur tête. Cinq ou »ïx gueux étaient à sa suite , et jamais on ne ^it rien de plus misérable.

Nota. Les villes de Brème, de Hambourg, et de Lubeck, qui sont villes impériales , avec les ducs de Meckelbourg , de Holsttin- de- Sel, de Lunebourg, Hanover, et généralement toute la maison de Brunswick , forment la Basse -Saxe, qui sont le cercle que Ton appelle le cercle de la Basse-Saxe , et ont voix dans toutes les diètes de l'empire.

Luther est enterré à Wittemberg. Il se pèche quantité de sardines depuis celte île jusqu'à Brème ; et un capitaine de vaisseau chargea quantité d'oeufs de cabillaud pour servir à cette pêche, dont le poisson est fort friand.

Un tonneau, en fait de marine, signifie deux milliers pesant.

Le grand Louis tire six brasses d'eau.

Unr canon de trente-six livres de balle pèse six milliers , et le millier de fonte coûte mille livres-

Il faut remarquer , à la chasse de l'ours , qu'elle se fait ausssi en Pologne de plusieurs manières. Comme il n'y a rien de si délicat que les pattes d'ours, qu'on sert à la table des rois , il n'y a point aussi de chasse à laquelle les gentilshommes prennent plus de plaisir. Il est dangereux de manquer son coup, car l'ours frappé retourne, comme il a été dit plus haut, sur le chasseur, et l'étouffe des pattes de devant. Il nous fut dit, par un gouverneur d'une province de la Prusse , qu'un de ses parens avait eu depuis peu le bras rompu à la chasse d'un ours, et le cou tordu , dont il mourut. Les paysans les chassent autrement; ils savent l'endroit, et ils y vont les attaquer avec un couteau à la main. Lorsque l'ours vient à eux, ils lui mettent dans la gueule la main gauche entortillée de beaucoup de linges, et de l'autre les éventrent. Une autre façon n'est pas si

périlleuse. L'ours est extrêmement friand du miel que les abeilles font dans les troncs d'arbres ; il monte, attiré par l'odeur de la proie , au sommet des arbres les plus élevés. Les paysans mettent de l'eau-de-vie parmi ce miel; et l'ours, qui trouve cette nourriture agréable , en prend tant que la force du brandevin l'enivre el le fait tomber ; le paysan alors le trouve étendu sans force , et n'a pas grand'peine à s'en rendre le maître.

L'électeur de Brandebourg s'appelle Il

a un fils âgé de quinze ans , qu'on appelle Kurt-prince. Il est de la religion calviniste. L'ambre se trouve sur ses terres, dans la Prusse ducale ; car la royale appartient au roi de Pologne. Elle lui rapporte plus de vingt-ciuq mille écus par mois. Il afferme la pêche de l'ambre de soixante à quatre-vingt mille écus. Il y a des gardes à cheval qui gardent la côte. Lorsque le vent est grand , c'est alors qu'on le trouve en plus grande abondance. 11 est mou avant qu'il soit sorti de la mer, et l'on peut y imprimer un cachet. Il y en a de plusieurs morceaux dans lesquels on trouve des mouches. Cette pèche s'étend depuis Dantzick jusqu'à Memel.

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L'élan est un animal plus haut qu'un cheval , et d'un poil tirant sur le blanc : il porte un bois comme un daim , et a le pied de même, fort long. îl a la lèvre de dessous pendante, et a une bosse sur le cou comme un chameau ; il se bat contre les chiens qui Je poursuivent , des pieds de devant , dans lesquels il a une grande force.

Le fils de l'électeur de Brandebourg a épousé depuis un an la fille du prince Bogeslas de Ratzevil , duc de Sutck et de Kopil de Bitze, et de Dubniki, de l'illustre famille des Ratzevils, descendus des anciens princes de Lithuanie, et depuis plus de trois siècles princes de l'Empire. II était fils du prince Janallius , de la Branche noire , que son mau-* vais destin porta à se rendre chef de parti contre son roi , mais qui rentra bientôt en grâce, et d'Elisabeth-Sophie, fille de Jean» George, électeur de Brandebourg, mariée depuis à Jules -Henri, duc de Saxe- Lawembourg : il était gouverneur de la Prusse ducale.

Cette jeune princesse a toujours été élevée à la cour de Brandebourg : le.... lui a fait la cour^ et a dépensé beaucoup d'argent auprès

d'elle ; mais l'électeur n'a pas voulu laisser sortir plus de huit cent mille livres de rente hors de ses états. Les Polonais en murmurent tous les jours, parce qu'il y avait un traité que cette princesse n'épouserait qu'un Polonais. Celui qui lui faisait la cour a perdu l'esprit de dépit.

he père du grand-duc de Moscovie s'appelait Frédéric Alexandre, et celui d'à-présent Alexandre Wichaël, ou Michaël Fédérowitz, Michel , fils de Pierre.

Le prince de Transylvanie s'appelle Apaty, paie qnatre-viugt mille écus de tribut au Turc, n'aime qu'à boire. Requili gouverne l'Etat, Téléchi est général des rebelles. La capitale de Transylvanie est Cujuar, ou Altejule.

M. Acakias a été résident auprès de ce prince , pour entretenir la faction des rebelles.

Les armes de l'église sont deux clefs couronnées d'une tiare ; celles de l'empereur , un aigle à deux têtes; celle de France, trois fleurs de lis ; celles d'Espagne , deux châteaux et deux lions écartelés ; de Portugal, cinq écussons chargés de besans, qui représentent

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les deniers dont Notre-Seigneur fut vendu. L'Angleterre a trois Léopards; îa Suède, trois couronnes ; le Danemarck, trois lions; la Pologne , un aigle ses ailes ouvertes ; la Moscovie , un cavalier armé, tenant la lance en arrêt , et un dragon à ses pieds; et celles du Grand-Turc, un croissant.

Le pape se dît Innocent II , par la grâce de Dieu , évéque , serviteur des serviteurs de Dieu : l'empereur, Ignace Léopold III , par la grâce de Dieu, empereur des Romains, roi de Hongrie, de Bohême, de Croatie, de Dalmatie, et d'Esclavonie ; archiduc d'Autriche; duc de Bourgogne, de Stirie, de Cariuthie , et de Carniole ; comte de Tirol : Le roi de France, Louis XIV, par la grâce de Dieu , roi de France et de Navarre : Le roi d'Espagne, Charles II, par la grâce de Dieu, roi des Espagnes et des Indes, de Castille, de Léon, d'Aragon, de Grenade, de Séville, de Tolède, de Cordoue, de Murcie , de Jaen , de ISIajorque et Minorque , de Sardaigne et de Corse, d'Algezir, de Gibraltar, des lies Canaries, des îles de Terre-Ferme ^ de la mer Océane ; archiduc d'Autriche; duc de Bourgogne , de Lothier, de Brahant, d«

Milan, âe Limbourg, de Luxembourg, et de Gueldres ; et comte de Hapsbourg, de Flandres, d'Artois, de Bourgogne, du Tirol, de Barcelone, de Hainaut, de Hollande, de Zélande, de Namur, de Burgau ; marquis du Saint-Empire; seigneur de Frise, de Salins, duMilanès, des cités, villes, et pays d'U— trecbt , d'Overissel , de Groningue ; seigneur de Biscaie, de Molins ; duc d'Athènes et Néopatrie; marquis d'Oristant et de Gasiano : Le roi d'Angleterre, Charles II , par la grâce de Dieu , roi de la Grande-Bretagne et d'Irlande; Le roi de Danemarck, roi de Norwège, des Goths , et des Vandales : Le roi de Suède, Charles II, par la grâce de Dieu, roi de Suède, de Danemarck, de Nor- ^vège, des Goths, et des Vandales : Le duc de Moscovie , parla grâce de Dieu, grandseigneur, czar et grand-duc, conservateur de toutes les Russies ; prince d'Uladimir, Moscou , Novogorod, czar de Casan , czar d'Astracan , czar de Sibérie; seigneur de Plescou ; grand-duc deTuerschi, Jugreschi, Pcrinschi, Varschi, Palgarschi , et seigneur et grand-duc de Novogorod, aux Pays-Bas, commandeur de Roosanschi, Rostoschi, Ge-

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relapschi , Beloserchi, Udorschi, Obdorschi, Condinel, et partout lé Nord; seigneur d'Iverie; czar de Karlalinsely et Igrusinschi, prince des pays de Cabardinschi, Cyrcaschi , et Jorschi ; seigneur et dominateur d« plusieurs autres seigneuries : Le roi de Pologne , Jean III , par la grâce de Dieu , roi de Pologne; grand-duc de Litbuanie, de Russie, de Prusse et MazoTÏe, Saraogitie, Livonie, Sraolensco et de Cernicovie.

Le grand-seigneur, Mahomet IV, se dit légitime distributeur des couronnes de l'univers , et maître incommutable de mille autres peuples , nations, et générations, qui reposent à l'ombre et sons le sacré bois de notre lance ; destiné libérateur de ceux qui gémissent et sont encore sous le joug de l'oppression infidèle , et qui n'attendent avec impatience que l'heure et le bonheur de notre domination ; propriétaire des célestes cités de la Mecque et de Médine; gardien perpétuel de Jérusalem la sainte et de son sépulcre; empereur de Constantinople et de Trébizonde ; roi de Hongrie, en Europe, de Memphis, eu Afrique, et de Bagdad , en Asie, ensemble de soixante et dix autres royanmes

DE SUEDE. £a3

effectifs; roi de la mer Méditerranée, des mers Blanche, Noire, et Rouge, Hellespontique, Méotique, et Archipélagique ; grand amiral de l'Océan , et possesseur des plus célèbres promontoires, caps, côtes, golfes, fleuves et rivières du monde; prince en Géorgie; absolu en Barbarie, Tartarie, Cosatie, et en mille autres régions, coramandftRt à la Porte de Fer , villes adjacentes , et lieux circonvoisins ; fidèle refuge et parfait asile des autres empereurs, rois, princes, républiques , et seigneuries ; redouté ou chéri partout ; souverain du cœur de la terre; unique favori du ciel, et son divin porte-enseigne en terre , etc.

L'empereur a époosé une des filles de Philippe IV , roi d'Espagne ; le roi de France , la fille aînée d'une autre femme du même Philippe; le roi d'Espagne , la fille de M. le duc d'Orléans; le roi de Portugal, la fille du duc de Nemours; le roi de Suède, la fille du roi de Danemarck. Le roi de Danemarck a épousé Charlotte-Amélie , fijle du landgrave de Hesse ; le grand-duc de Moscovie, la fille d'un marchand de son état. Le grand seigneur n'épouse point ; mais la prcmièce

ïo4 RÉFLEXIONS.

qui met au monde un enfant mâle est la

sultane.

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