DE NORMANDIE
le sais trop comme tout va; L'envie jamais ne mourra.
Vous qui vous escrimez de la rime, vous allez dire qu'il y a un e de trop à ce dernier vers : je le sais aussi bien que vous; mais si l'on ne me donne cette licence et de pareilles, je quitte dès à présent le métier de poète de la troupe, que je fais à mon grand regret, et aux dépens de mes ongles, qui sont déjà assez courts. Je ne suis que trop rebuté de la profession; et, sans les petits profits que nous autres rimailleurs attrapons auprès des filles qui aiment ce genre d'écrire, il y aurait long-temps que j'aurais vendu ma charge à bon marché. Mais, puisque nous voilà sur le chapitre des filles, vous saurez que nous en trouvâmes une charmante proche la chartreuse de Gaillon. Vous me direz que ce n'est pas là un meuble de chartreuse; mais ces jolis animaux-là se trouvent partout.
Au Pont-de-l* Arche et au Roule
Le ciel exauça nos vœux ,
Et fit paraître à nos yeux
Jeune hôtesse faite au moule :
Elle portait devant soi
Deux petits monts faits en boule;
.oS VOYAGE
Elle portait devant soi
Un morceau digne d'an roi.
La Normandie, comme vous savez, est une terre fertile en pommes : le voisinage de la mer leur donne un orgueil et une dureté qu'elles n'ont point ailleurs. Nos dames de Paris voudraient bien que leur terrain fût aussi bon ; mais on ne peut pas tout avoir : à cela près , les femmes de Rouen sont , à ce que je crois, faites comme à Paris; ce qui nous fit dire :
A Rouen laides et belles , Comme partout , l'on trouva.
, Les filles de l'opéra
Sont , comme à Paris , cruelles.
Enfin, rien n'est différent Dans les jeux, dans les ruelles.
Enfin , rien n'est différent , Hors qu'on parle mieux normand.
11 faut dire la vérité, cette langue-là est en grande vénération dans ce pays-ci; les habitaus reçoivent tous en naissant des talens merveilleux pour l'apprendre. A quatre ans, les enfans v parlent déjà normand comme des petits -anges; on dirait qu'ils n'auraieiit