‹ ŒuvresChapitre 100 sur 212 · ACTE V, SCENE V. i · texte numérisé non relu

ACTE V, SCENE V. i

CRISKIS.

Je ne me plaignais point du sort où j'étais née : Maintenant que le ciel , changeant ma destinée , Veut réparer les maux qu'il m'avait fait souffrir. Je me plains de n'avoir qu'un cœur à vous offrir.

AGÉLÀS , à Ismène.

Madame , vous voyez mon destin et le vôtre : Le ciel ne nous a point fait naître l'un pour l'autre ; Mais ce prince pourra , sensible à vos attraits , De la perte du trône adoucir les regrets.

ISMÈlfC.

Agénor à mes yenx vaut bien une couronne.

AGÉNOR

Seigneur...

AGÉLAS , à Thaler.

Vous , dont je tiens cette aimablepersonne , Demandez ; je ne puis trop vous récompense]^

THALER

Faites-moi maltâtier toujours pour commencer.

DÉMOCRiTE, a Agélas.

Seigneur, depuis long-temps je garde le silence^ Un tel événement étourdit ma prudence:

Interdit et confus de tout ce que je vois , J'ai peine à retrouver l'usage de la voix. Il est temps cependant de me faire connaître, Je n'ai point été tel que j'ai voulu paraître. Vraiment faible au dedans, philosophe au debor», L'esprit était la dupe et l'esclave du corps.

i54 DÉMOCRITE.

Deux yeux , deux yeux cbarmans , avaient , pour ma ruine. Détraqué les ressorts de toute la machine. De la philosophie en vain on soit les lois , La nature en nos cœurs ne perd jamais ses droits. En comptant nos défauts , je vois , plus je calcule , Qu'il n'est point de mortel qui n'ait son ridicule; Le plus sage est celui qui se cache le mieux. J'é tais amoureux.

AGÉLÀS.

Vous !

CrÉAIîTHIS.

Vous étiez amoureux?

DÉMOCRITE

L'amour m'avait forcé , pour traverser ma vie , Dans les retranchemens de la philosophie.

( montrant Criséis. ) Voi^ l'objet fatal , le véritable écueil Où M fière sagesse a brisé son orgueil.

CL2ANTHIS.

Vous aimiez Criséis ?

DÉMOCRITE

La partie animale Avait pris malgré moi le pas sur la morale ; La nature perverse entraînait la raison. A l'univers entier j'en demande pardon.

Adieu.

AGÉLAS.

Ne partez point ; il y va de ma gloire.

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