SCENE V. a
Nous avous des musiciens Dont les voix sonores et belles IS'e sout poiut artificielles , Et non pas des Italiens De qui les voix ne sout ni mâles, ni femelles.
MADEMOISELLE BEAUVAL
J'ai grande opinion de votre habileté :
Mais cependant, avant que de iiuir d'affaire,*
Et d'entrer eu société, Encor faut-il bien voir ce que vous savez faire.
MOMUS
Vous pouvez à l'essai juger de nos talens. Vous êtes, ce me semble, en peine , Et vous auriez besoin de quelque scène ,
De quelques airs vifs etbrillans.
Pour alonger votre pièce nouvelle ?
M. DUBOCAGE
Voilà le fait,
MOMTJS.
C'est nue bagatelle.
Je ne veux que quelques momeus Pour préparer des divertissemens, Dont le public , je crois , pourra se satisfaire. Nous autres dieux, nous ne saurions mal faire,
MADEMOISELLE EEAUVAJ..
Tout dieux que vous soyez , je soutiens le contraire. Le public a le goût si délicat, si fin , Qu'avec tous vos talens, et votre esprit divin ,
Ce ue sera pas peu que de pouvoir lui [>laire. Mais {{uel sujet choisirez-vous eiiflu ?
MOMUS
Je n'en manquerai pas , et j'en fais mon affaire.
Tout à l'heure, dans tos fojers , J'ai trouvé des sujets pour mille comédies , • INombre d'origiuaux de tous arts et métiers , Dout on peut sur la scène extraire des copies : Un marquis éventé, qui vient avec fracas En bourdonnant un air, étaler ses appas ; Une savante à toute outrance , Qui décide à tort, à travers.
Des auteurs de prose et de vers , De l'Andrienne et deTérence; Un abbé, d'égale science , Qui, dressant son petit collet , D'un air présomptueux, et d'un ton de fausset, Applaudit à son ignorance ; Un tas de ces faux mécontens Et de la cour , et du service , Qui se plaignent de l'injustice Qu'on leur fait depuis si long-temps ; Qui, prenant un autre exercice.
Et méprisant de vains lauriers. Bornent tous leurs exploits guerriers A lorgner dans une coulisse Quelque belle au tendre regard.
Laquelle aussi n'est pas novice A coutrc-Iorgucr de sa part.