SCENE V. a
Il est bien plus aisé de servir deux amaus Daus une tendre coujoucture , Que de faire rire les geus.
MADEMOISELLE BEACVAI,.
Vous en pouvez parler mieux qu'un autre peut-être; Et, sans trop vous flatter, je croi Que vous êtes un fort grand maître Et dans l'un et dans l'autre emploi.
MADEMOISELLE DESBROSSES
Mais enfin quel dessein ici-bas vous attire ?
MOMUS
Ne trouvant plus là-haut de sujets de médire
( Car vous savez , que depuis quelque temps , Les dieux sont devenus d'assez honnêtes gens ; Et vous n'entendez plus parler de leurs fredaines) , J'ai résolu, malgré les périls et les peines , rie venir sourdement m'établir eu ces lieux , Et d'y jouer la comédie.
MADEMOISELLE BEAUVAL
Quelle diable de fantaisie !
MOMUS
Dans ce dessein capricieux J'amène une troupe choisie.
J'ai pris avec moi la Folie , Et son futur époux, monsieur du Carnaval, De qui je suis un peu rival.
Ciiacun de nous doit, suivant son génie , Se faire un rôle original.
i3> PROLOGUE.
Je viens donc à Paris pour y lever boutique. Et pour faire valoir mon talent, comme vous. Je crois qu'en ce pays (et soit dit entre nous),
Mon humeur vive et satirique
]Ve manquera pas de pratique ;
Car il n'y manque pas de fous.
MADEMOISEI,I.E BEAUVAL.
Comment doue ! merci de ma vie !
Vous venez, dites-vous, jouer la comédie! Et pour vous établir vous choisissez ces lieux ?
Croyez-moi, remontez aux cieux.
Nons ne gagnons pas trop; le temps est malheureux. Je ne souffrirai point de concurrens semblables.
Si vous m'irritez une fois.
Et contre tous les dieux , et contre tous les diables,
Seule , je défendrai mes droits.
Nous ne prétendons point nuire à votre fortune. Joignons-nous de bonne amitié ; Nous partagerons par moitié, Et nous ferons bourse commune :
Sinon , nouveaux comédiens , Nous irons courir la campagne; Et si, malgré tous nos moyens, Nous dépensons plus qu'on ne gagne, Nous lèverons un opéra.
Qui peut-être réussira.
?!Ous jouerons des pièces nouvellei.